Freedom Fighters
Test du Lundi 29 décembre 2003 par Zepatate
Electronic Arts a comme qui dirait inondé le marché du jeu vidéo en cette fin d’année, avec une véritable pléthore de très très gros titres, pour la plupart très attendus. On a eu droit en vrac, au Retour du Roi, à Need For Speed Underground, à SSX3, à Medal of Honor Soleil Levant, aux Sims … que du très lourd sur les étals des revendeurs. A côté de ça, EA a aussi édité Freedom Fighters, qui lui est complètement passé inaperçu en cette faste et mercantile période hivernale. Pourtant, le nom du développeur sur la jaquette laissait augurer du meilleur. Io Interactive, ça ne vous parle peut-être pas beaucoup de prime abord, mais on doit pourtant à ces talentueux développeurs les deux épisodes de Hitman. Autant dire que sur un CV, ça l’affiche bien. Malgré sa sortie un peu trop fantomatique (en comparaison des titres précités), Freedom Fighters n’en possède pas moins de grosses qualités, qui laissent à penser qu’il aurait mérité meilleur accueil.
C’est la lutte finale …
Les présents alternatifs, c’est bien ! Rien de tel pour mettre le joueur dans l’ambiance, en lui présentant la réalité telle qu’elle aurait pu être si les événements s’étaient déroulés autrement. Ici, on apprend au cours d’une cinématique d’intro conçue dans l’esprit de la séquence pré-générique d’un film, que c’est l’URSS qui a achevé en premier la conception de la bombe atomique, mettant ainsi fin d’une manière brutale à la Seconde Guerre Mondiale. Par suite, la domination des « Rouges » n’a eu de cesse de s’étendre. D’abord la vieille Europe est tombée, puis d’habiles putschs ont permis d’installer des régimes communistes dans toute l’Amérique du Sud. En ce début de 21ème siècle, les Etats-Unis d’Amérique restent le seul bastion contre la domination soviétique (original comme scénario …). Mais ceux-ci ne restent pas inactifs et fourbissent leurs armes. Ainsi un beau (ou pas, tout dépend des versions ^^) jour d’été, l’invasion des USA est lancée. Des sous-marins entrent en rade de New-York et les principales mégalopoles américaines sont prises d’assaut. L’humble plombier que vous êtes (le premier qui dit Mario prend un coup de clé à molette …), Christopher Stone de son gai prénom, se retrouve au milieu d’un conflit qui le dépasse (non je n’ai rien contre les plombiers !). Pourtant après la capture de son lourdaud de frère, Troy, Chris décide de prendre les armes et de mener son action contre les forces d’invasion. De fil en aiguille et d’escarmouches en hauts faits d’armes, il va vite devenir aux côtés de la pulpeuse Isabella Angelina, le leader de la guérilla anti-soviétique.
Certes, avec un scénario comme ça, difficile d’échapper aux clichés, mais Io Interactive réussit cependant à éviter les principaux écueils ou les lourdeurs qu’on pensait inévitables. On ne tombe pas dans l’anti-communisme primaire, ni dans un manichéisme à outrance, et même si on flirte parfois avec un soupçon de démagogie, on s’en sort plutôt bien, avec un second degré parfois bienvenu.
Ce contexte est en fait surtout propice à l’émergence d’une ambiance incroyable. Les rues de la Big Apple sont en flammes, les drapeaux soviétiques flottent sur les bâtiments administratifs, mais des groupes de résistance se forment un peu partout. Il n’est pas rare de se voir survoler par des avions ou des hélicos aux couleurs de l’URSS, et associés à l’atmosphère de rébellion qui flotte dans l’air, tout cela confère au titre cette ambiance si particulière.
La bande-sonore y aide aussi tout particulièrement, avec les chœurs de l’Armée Rouge qui résonnent dans Brooklyn, ou des doublages plutôt convaincants, conférant un certain charisme aux personnages.
Born to be a leader
Le charisme parlons-en justement. Dans votre lutte armée, vous n’êtes pas seul, et même si les citoyens lambda se sont soumis à l’envahisseur, d’autres ont pris les armes et il ne tient qu’à vous de les rallier à votre panache blanc. Mais comment un simple plombier pourrait-il instantanément devenir le plus respecté et le plus craint des chefs ? Il ne le peut pas justement, et c’est là que ça devient intéressant. Une jauge de charisme fait ainsi son apparition dans le coin supérieur gauche de votre joli n’écran, et toutes vos actions d’éclat vous permettront de faire monter une jauge qui vous attribuera une fois remplie un point de charisme supplémentaire. Ensuite la formule est simple : pour chaque point de charisme, vous obtenez la possibilité de recruter un combattant de la liberté supplémentaire pour vous battre à vos côtés, le nombre de ceux-ci étant majoré par 12, vous vous retrouverez bientôt à la tête d’un véritable petit bataillon, auquel vous pourrez donner des ordres, comme celui d’aller se faire broyer en se jetant sur les ennemis, ou leur ordonner une lâche retraite … 4 ordres différents, coordonnés par les 4 boutons principaux des différentes manettes, le jeu récupère ainsi un aspect stratégique qui, bien que limité, se révèle vraiment intéressant dans le gameplay. Saluons au passage l’IA des coéquipiers qui est en général plutôt bonne, avec moult roulades, mises à couvert … même si quelques comportements erratiques sont parfois de la partie, comme le signalait fort justement notre ami Asskicker dans sont test de la version PC : « Commençons par l’intelligence artificielle qui n’est pas toujours irréprochable. Si les ennemis et alliés se mettent bien à couvert derrière les décors (ça en devient presque impressionnant par moment), leurs réactions sont parfois incompréhensibles. Autant des fois ceux-ci ne réagissent pas du tout lorsque des combats se déroulent à 10 mètres d’eux, autant d’autres fois ils semblent disposer d’un 6e sens à rendre verte de jalousie n’importe quelle représentante du sexe féminin. » Que rajouter de plus ? ^^
Embranchements salvateurs
Un principe de jeu tel que celui de Freedom Fighters serait sans doute franchement ennuyeux s’il se révélait linéaire. Fort heureusement, un effort a été fourni de ce côté là , et la ligne droite n’est pas de mise. Ouf ! En effet le jeu est subdivisé en quartiers, qu’on atteint progressivement après avoir terminé le précédent, mais ces mêmes quartiers se découpent eux-même en 3 zones principales (ça devient compliqué là ), qui se révèlent d’une taille plutôt impressionnante, avec chacun leurs objectifs désignés. On peut aussi changer de zone aussi vite qu’on est venu, en utilisant la voie royale, je veux bien entendu parler des bouches d’égouts, ouvertes par vos soins et vos qualités intrinsèques de plombier. On évite ainsi un aspect couloir qui aurait sûrement tué le jeu (surtout avec un éléphant au milieu …), mais on regrette un parti pris malgré tout un peu trop dirigiste, Hitman proposant par exemple plus de freedom … Je vous laisse imaginer un jeu de guérilla avec la liberté d’un GTA … ça aurait été le pied, mais ne crachons pas sur FF en ce point, d’autres ont fait pire dans le même genre …
Une réalisation à fondre !
Même si je meurs tellement mon jeu de mot est minable, laissez-moi vous parler du Glacier (argh), le moteur de FF qui a déjà fait ses preuves pour animer le tueur à gages au code-barre. Malgré son nom au demeurant couillon, il fait un boulot du tonnerre et ne vous laissera certainement pas de glace (promis j’arrête …). Même la vieillissante PS2 affiche sans problèmes des décors et des personnages de qualité. Le constat est excellent tant au niveau des effets (explosions, particules) que de l’animation et du sacro-saint framerate qui ne faiblit jamais, même lors des plus gros affrontements. Inutile de vous dire qu’un tel rendu facilite l’immersion et on se retrouve très vite plongé dans un New-York boueux, parfois en proie aux flammes et à la dévastation. On s’y croirait ! Un très bon point pour les développeurs.
Europe Assistance
Nous vivons à une époque où tout est automatisé, et c’est parfois bien dommage …
Si sur PC, Freedom Fighters se dirigeait comme un FPS, mais à la troisième personne, c’est à dire au clavier et à la souris, le fait d’avoir une manette entre les paluches change un peu la donne. Les développeurs ont donc fait le choix de l’assistance à outrance. Les ennemis sont ainsi lockés automatiquement et lorsque vous tirerez, vos balles partiront automatiquement dans la direction d’un adversaire. Elles n’atteignent pas toutes leur but fort heureusement, mais ce système rend malheureusement ce portage console plus bourrin que son homologue PC. C’est d’autant plus dommage que ça peut ruiner un peu les efforts de stratégie et de furtivité. Une visée manuelle est heureusement possible, mais trop longue et la précision d’une AK-47 n’aide pas à se transformer en sniper. Sinon, le gameplay de FF se veut réaliste et il ne sera possible de porter qu’une seule arme de poing et une seule arme principale, en sus des grenades et de la clé à molettes. On regrettera aussi au début la lourdeur relative de l’interface qui nécessite (sur PS2) d’appuyer sur R3 pour ouvrir l’inventaire, prendre un kit de soin et l’utiliser, tout en perdant le contrôle de son arme. On s’y fait cependant.
D’un autre point de vue, le joueur devra aussi prendre en compte ses alliés pour éviter de périr dans la bataille, ce qui bien souvent consistera à les envoyer au casse-pipe en restant à couvert, puis de finir le travail (enfin si vous êtes, comme moi, un peu pleutre). L’utilisation de sniper ou de mitrailleuses fixes se révèlera essentielle à votre progression dans les décombres.
Du point de vue du gameplay, le constat est donc mi-figue, mi-raisin, et on pourra lui préférer celui plus subtil du clavier et de la souris.
Moutons noirs
Par chance, ce manque de subtilité se révèle être l’un des seuls gros défauts de Freedom Fighters, même si on pourra aussi noter, en voulant être tatillon, les quelques bugs d’IA précités et le fait que le héros se voit amputé de mouvements que possèdent ses alliés (comme se coller au mur ou effectuer des roulades). Rien de gravissime cependant, surtout ce gameplay qui gâche bien de choses, même si je le répète, il est loin d’être mauvais, peut-être juste un peu inadapté et trop bourrin à mon goût.
Dernier point litigieux : la difficulté. Non pas qu’on aime les jeux trop faciles, mais là dès le deuxième niveau de difficulté ça devient very difficult. Encore une fois laissons la parole au sympathique et débonnaire Asskicker pour qu’il nous dise ce qu’il en pense : « Dernier point noir et pas des moindres, la difficulté. Et là je dis arg ! 4 niveaux de difficulté sont disponibles et j’ai évolué dans le 2ème pour ce test. La difficulté du jeu est non pas ahurissante mais risque cependant de provoquer de nombreux cas de calvitie. Ceci est notamment dû au nombre élevé d’ennemis mais aussi à la localisation des dégâts qui semble inexistante. Si déjà une meute d’ennemis disposant accessoirement de mitraillettes lourdes fixes se présente à tous les coins de rue, il aurait été pratique de pouvoir effectuer des headshots pour faciliter la tâche. Que nenni, un soldat russe devra souvent se prendre plus d’une vingtaine de balles pour mourir. Il est aussi incompréhensible que ceux-ci parviennent parfois à survivre à des explosions de grenades ou de véhicules (car oui, on peut exploser les véhicules gentiment garés un peu partout). Frustrant et parfois même désespérant (surtout que la présence de snipers éventuels n’arrange pas les choses lors des phases d’attaques massives ). » Encore une fois tout est dit …
Ajoutons enfin que cette version consoles, au contraire de la version PC, dispose de son mode multi en écran splitté, qui se révèle cependant assez anecdotique pour qu’on s’y intéresse plus. Quelques moments sympatoches à la clé malgré tout !
At the end …
Que retenir de Freedom Fighters ? Avant tout, peut-être qu’il n’a pas eu toute l’attention qu’il méritait. Très bon jeu de cette fin d’année, avec ses graphismes superbes et son immersion du tonnerre, sa vingtaine de missions vous tiendra en haleine longtemps. Et même si on pourra dénigrer quelques petits défauts, Freedom Fighters ne manquera certainement pas de plaire aux férus d’action … et que la liberté triomphe nom d’une patate ! Et merci au dévoué Asskicker pour cette aide à l’insu de son plein gré.

Passé sans doute trop inaperçu lors de sa sortie, Freedom Fighters mérite cependant qu’on s’y attarde. Avec sa réalisation très agréable et son incroyable ambiance de guérilla urbaine dans un New-York sous le joug soviétique, Io Interactive crée la surprise, même si quelques petits défauts, inhérents à la version console l’empêchent d’atteindre le panthéon des Big Hits. Un jeu à essayer et à conseiller à côté des gros blockbusters de Noël.
Les plus
La réalisation d’ensembleL’ambiance
La gestion des coéquipiers
Les moins
Un peu bourrinUn héros moins bon que ses coéquipiers
Boudiou c’est dur …
Détails
- Nom
- Freedom Fighters
- Support
- Xbox
- Genre
- Action
- Editeur
- Electronic Arts
- Développeur
- Io Interactive
- Sortie
- 25 septembre 2000
- Recommandation PEGI
- Joueurs de 3 ans et plus


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