Conker : Live and Reloaded
Test du Vendredi 24 juin 2005 par Grosquick
Sorti en 2001, alors que la N64 agonisait, Conker’s Bad Fur Day n’avait pas suffi à faire revivre la console de Nintendo, d’autant que la PS2 commençait tout juste à s’installer dans les foyers. Le dernier jeu de Rare sur N64 ne s’en était pas moins imposé comme l’un des tout meilleurs jeux de la console, si ce n’est le meilleur, aux côtés de… ah tiens, d’autres jeux Rare comme Goldeneye ou Perfect Dark. Quelques années plus tard, le développeur anglais est passé sur Xbox, et s’est fait considérablement attendre, au point de presque perdre son aura de développeur génial auprès de certains joueurs impatients. C’est finalement en ce beau mois de juin, à quelques mois de la sortie de la Xbox 360, que Rare daigne délivrer son premier « gros » jeu sur Xbox (on mettra volontairement de côté le moyen Grabbed by the Ghoulies). Conker Live & Reloaded, une sorte de Battlefield dans l’univers de Conker, agrémenté d’un remix du Bad Fur Day original. Installez-vous, c’est ma tournée.
Conker Reloaded & Live
Cette subtile inversion de titre est là pour souligner un fait somme toute assez évident : bien que la communication de Microsoft et le jeu en lui-même (la jaquette, la notice, le menu principal...) mettent surtout en avant la partie multijoueurs du titre, le remix de Conker’s Bad Fur Day est loin de n’être qu’un simple bonus, et retiendra probablement davantage le joueur lambda que le mode Live, surtout si ce monsieur Lambda n’a pas eu la chance de jouer à la version originale sur N64. Tel était mon cas (je sais, j’ai honte), ce qui m’a poussé à commencer mon étude approfondie du cas Conker par cette aventure dont j’avais entendu parler de manière bizarre à l’époque : un petit écureuil tout mimi qui se bourre la gueule et dit plein de gros mots, des personnages tous plus débiles et/ou dégueulasses les uns que les autres, des tas de références au cinéma etc… Et ma foi, j’ai pas été déçu, je dirais même que j’ai kiffé ma race comme un gros porc des îles !
Alors on va faire comme si vous n’aviez jamais joué à la version N64 : ça commence par une soirée un peu trop arrosée pour notre petit écureuil orange tout mimi dénommé Conker, qui tente de rentrer chez lui en sortant du bar. Problème, il est complètement bourré, et après quelques pas titubant, il finit par s’affaler dans l’herbe, inconscient. On prend le contrôle du personnage à son réveil, toujours aussi bourré, donc titubant de partout. Ca donne d’emblée le ton du jeu, on dirige un personnage incapable de sauter ou courir, s’arrêtant pour cracher et presque vomir toutes les cinq secondes ^^. Heureusement, cet état ne durera pas, puisqu’à deux pas de là , un épouvantail visiblement aussi déchiré que vous vous donnera quelques précieux conseils et les premières instructions sur la jouabilité. Le début d’un petit tutorial bien fait qui, entre deux éclats de rire, vous apprendra les bases du gameplay : on pourra donc sauter, faire l’hélicoptère avec la grosse queue de Conker, donner des coups de poêle à frire ou de batte cloutée, ou appuyer sur B aux endroits marqués pour déclencher une action contextuelle : suivant les besoins, un lance-pierre pour dégommer des scarabées géants, un lance-flammes pour des chauve-souris, ou bien une potion revigorante, ce qui sera le cas ici pour vous remettre d’aplomb. M’enfin ce sont vraiment uniquement les bases, car le gameplay changera du tout au tout au cours des différents chapitres de l’aventure, qui vous amèneront à faire rouler des bouses (!), à faire de la plongée, de l’hoverboard sur de la lave, à vous battre à dos de T-Rex ou même à faire la guerre contre des fouines… Le but principal de Conker est simplement de rentrer chez lui, mais la journée s’annonce longue, et les ennuis ne font que commencer…
Réactualise, mec !
La première chose qui frappe en jouant à Conker, et ce qu’on avait déjà entraperçu sur les screens, c’est bien sa beauté graphique. C’est bien simple, Conker fait partie des plus beaux jeux Xbox jamais créés, au point qu’on se demanderait presque si ce n’est pas un jeu next gen. Non seulement les couleurs sont magnifiques, choisies avec goût, tantôt chaudes et brillantes, tantôt froides et métalliques suivant les environnements rencontrés. Si les textures sont d’une rare finesse (à part quelques unes de temps à autres qui rappellent que le jeu était sur N64 à la base, mais rien de grave), c’est surtout l’absence quasi-totale d’aliasing qui donne à Conker cet aspect de jeu presque next gen, et qui fait beaucoup à l’ambiance visuelle générale du titre. Tout est super mignon, rond, fin, coloré, et ça renforce encore plus l’aspect décalé : quand par exemple on rencontre une grosse abeille maquillée comme une prostituée, qui parle avec une voix de transsexuel - en bref hilarante et absolument pas crédible – et qui sort d’un seul coup une DCA et qui se met à dégommer les abeilles ennemies qui tentent de s’emparer de sa ruche. Et c’est comme ça durant tout le jeu, la totalité des personnages rencontrés sont complètement loufoques, au design sorti d’un dessin animé de Tex Avery sous champis, et la plupart du temps avec des voix bien ridicules avec des accents de la campagne. Ca va donc de l’épouvantail défoncé qui arrive à peine à parler jusqu’à la fouine-parrain avec son cigare et son accent mafieux, en passant par la fourche en pleine crise existentielle, le savant fou débile à l’accent allemand, ou le roi-panthère qui réclame sans arrêt son petit lait. Ah oui parce que j’ai oublié de vous dire, en parallèle à votre périple pour rentrer chez vous, il se trouve que ce roi-panthère a un problème : il manque un pied à sa table, ce qui fait que son verre de lait se renverse constamment. Après d’intenses réflexions pour comprendre d’où venait le problème, son savant fou de service a conclu qu’il fallait trouver un écureuil pour remplacer le pied manquant… Mais c’est machiavélique !
Command & Conker
En bref, un univers complètement déjanté et une réalisation splendide qui servent magnifiquement un gameplay qui peut paraître un peu basique au début, mais qui se révèle extrêmement riche et varié. Pousser une boule de caca au sommet d’une montagne pour ensuite affronter le Grand Monstre de Merde en lui faisant gober des rouleaux de PQ, combattre un géant à dos de bébé T-Rex, faire la course avec de jeunes délinquants en hoverboard sur de la lave… On a jamais l’impression de faire la même chose, le jeu marie les genres avec bonheur, tout en balançant de nombreux clins d’œil au cinéma essentiellement. Un chapitre vous emmènera par exemple dans le château d’un comte Dracula version écureuil, avec sa longue robe rouge et sa perruque blanche, comme dans le film de Coppola. Peu avant, vous aurez enfilé votre costume de Van Helsing pour dégommer du zombie au fusil à pompe, dans une excellente parodie de Resident Evil. Plus tard, c’est Matrix qui s’y collera, avec un remake de l’assaut final dans le hall de l’immeuble, et un Conker en imper et lunettes noires qui nous fera une petite séance de bullet time ultra jouissive.
Evidemment, à côté de ça, on trouve des phases de plateformes et d‘exploration plus classiques, mais qui réussissent tout autant à captiver le joueur, grâce à cet univers et à ces personnages décalés et incroyablement attachants. Et malgré la diversité incroyable du gameplay, les développeurs de Rare font presque un sans-faute puisque toutes les phases ou presque proposent une jouabilité impeccable. On pourra s’agacer devant la course d’hoverboard qui demande un peu de chance quand il s’agit de passer entre les jambes d’un dinosaure, ou sur le système de visée assez aléatoire de la phase chauve-souris chez Dracula, mais ce serait vraiment chipoter et manquer de respect au travail énorme fourni par Rare pour nous proposer une aventure riche, variée et drôle. Pour vous dire, une fois la partie commencée, il est difficile de décrocher de Conker, et c’est seulement le troisième jeu qui m’a retenu comme ça devant ma console sur disons, les 5 dernières années (avec Beyond Good & Evil et Resident Evil 4). Assurément la marque des grands titres, pouvoir enchaîner les heures de jeu sans s’en rendre compte et sans se lasser. Et puis c’est beau… Ah et c’est bon pour les oreilles aussi, avec comme déjà dit des voix hilarantes (en anglais sous-titré français), mais aussi des musiques parfaitement adaptées, au diapason du reste. Le seul vrai défaut qu’on pourra trouver à ce remake de Conker’s Bad Fur Day, c’est comme d’habitude d’être trop court… A peine 13 heures de jeu pour le terminer, c’est certes un peu plus que les derniers jeux du genre, mais on aurait aimé profiter de cet univers un peu plus longtemps… Notons aussi des chargements un peu trop nombreux, mais qui sont heureusement très courts (genre 3 ou 4 secondes).
Comment ? Ah ouiiiiii le mode multi ! Je vais chercher une binouze et on s’occupe de ça.
Conker et tout ses amis
Au premier abord, le mode multi a l’air assez séduisant avec sa réalisation quasiment au niveau du solo (un brin moins fine il m’a semblé) et le rythme infernal qu’il impose. Rappelons qu’il s’agit d’un mode de jeu axé Battlefield en vue à la 3ème personne jouable jusqu’à 16. Au début donc, on est assez charmé par le chaos ambiant qui se dégage du jeu, les explosions et bruits de tir qui arrivent de partout, les soldats qui crient, et votre général qui gueule dans votre oreillette en fonction de l’évolution de la partie (content si vous avez attrapé un drapeau ou pris possession d’un point stratégique, paniqué si l’adversaire prend le dessus). Ca donne une ambiance très prenante, même si ce ne sont que des écureuils (les HCE) et des gros chats (les Tediz) qui s’entretuent ^^.
Mais on se rend compte assez rapidement que tout ça est un peu fouillis, d’autant que certaines maps sont faites de manière à ce que tout le monde se trouve quasiment au même endroit, ce qui donne lieu à des belles batailles rangées. Dans ces cas-là , le Démolisseur et son bazooka est largement avantagé, puisqu’il peut dégommer un peu tout le monde d’un coup, avec un temps de recharge très court de l’ordre de 3 ou 4 secondes. Les munitions étant illimitées, il y a de gros risques d’abus sur le Xbox Live (surtout contre ces bourrins de ricains ^^), même si les bots (le jeu propose un mode offline) sont plutôt équilibrés de ce côté-là . La différenciation entre les classes est très poussée, et chaque type de personnage possède des caractéristiques propres : le Démolisseur a donc une puissance de feu énorme mais est très lent (puisque très gros et lourd, et ne peut sauter arme en main), à l’opposé du Mouchard, équipé d’un sabre et qui se déplace presque comme un ninja, en courant très vite et en sautant beaucoup plus loin que les autres (carrément en faisant des pirouettes, comment il se la pète ce type). Le sniper est lui assez désavantagé, puisque le réticule de visée est minuscule et demandera un niveau de précision difficilement atteignable dans le feu de l’action. Pour le reste, on trouve le Thermophile, assez puissant avec son lance-flammes, même si la portée est réduite, le Brutos, soldat de base avec sa mitraillette, et le Jockey, qui est un peu un loser efficace surtout avec les engins volants.
Le jeu comporte quelques excellentes idées, comme l’attribution pour chaque classe d’une compétence spéciale, utilisable avec la touche X : invisibilité façon Predator pour le Mouchard, mode furie pour le Démolisseur, qui le transformera en bête sauvage qui fait trembler le sol, ou une capacité d’auto-guérison pour le Brutos. Le fait de ranger son arme pour courir rend la course du personnage plus rapide, et le fait de se coucher (possible uniquement pour certaines classes, notamment le sniper) rend votre pseudo au dessus de la tête invisible, ce qui permet un camouflage plus efficace. On trouve également sur le champ de bataille des grosses boules jaunes, qui sont en fait des bonus ajoutant de nouveaux types d’armes ou de munitions à votre arsenal. Ces bonus sont en nombre limité et réapparaissent une fois le porteur zigouillé.
Quelques véhicules sont présents, mais sont assez anecdotiques car rares et surtout, on ne peut conduire un véhicule donné qu’avec un certain type de personnage. La jeep ne peut ainsi être pilotée que par un Brutos ou un Thermophile, le quad par les Mouchards ou Scouts, les hélicos uniquement par les Jockey. Ca limite beaucoup les possibilités, puisqu’on tombe rarement sur le bon véhicule correspondant à notre classe.
Les objectifs sont très classiques et peu nombreux : du capture the flag, du « domination » (chaque équipe doit prendre le contrôle de plusieurs points stratégiques) et une sorte de mode assaut, où l’équipe attaquante doit passer en général trois portes blindées pour aller dégommer le général ennemi dans son antre. Les maps peu nombreuses (à peine une dizaine) sont de qualité inégale, et au design pas toujours très bien pensé. Un pont trop étroit par exemple, est trop grande et mal agencée, tandis que TMS Spamono et son long couloir rectiligne est le lieu idéal pour les snipers chevronnés, ou pour du gros carnage en règles au milieu du couloir. On préfèrera s’attarder sur Mort sur la Plage, qui reprend la scène du Débarquement à la Soldat Ryan, ou sur Doon et ses références prononcées à Star Wars.
Dans l’ensemble, le multi reste finalement assez plaisant, grâce à une jouabilité et une diversité de classes bien agréables, mais pêche par une action mal rythmée et parfois fouillis (soit on court pendant 2min sans voir personne, soit on se retrouve à 10 sur 3m² et c’est un gros bordel). La profusion d’informations à l’écran, en plus des noms des autres joueurs, pourra en gêner certains, et renforcer l’aspect fouillis et bourrin des combats. On s’amuse quand même pas mal, l’ambiance et la réalisation aidant, mais ce mode Xbox Live, en restant très bon, n’est pas à la hauteur de ce qu’on espérait après tout ce temps de développement.
Conker the woooOOOooorld !
Au final, la grosse satisfaction de ce Conker Live & Reloaded n’est pas vraiment là où on l’attendait. C’est en effet l’aventure solo, le remake de Bad Fur Day qui reste le plus intéressant sur cette galette, d’autant plus si vous n’avez jamais joué à l’original sur N64. C’est un petit bijou de gameplay, d’originalité et d’humour qui se paye en plus le luxe d’être l’un, si ce n’est LE plus beau jeu Xbox. Pour ça, le 9 est largement mérité, mais ceux d’entre vous qui ont déjà terminé l’original pourront baisser la note d’un bon point, puisqu’à part 1 ou 2 détails, le jeu n’a absolument pas changé (hormis le bon graphique bien sûr, qui peut presque justifier à lui seul de se lancer une nouvelle fois dans l’aventure).
Quant au multi, il déçoit un peu par son aspect fouillis, des classes de personnage pas suffisamment équilibrées et des maps de qualité inégale. D’autant plus dommage que de nombreuses bonnes idées auraient mérité meilleur traitement. On s’amusera quand même, mais pas autant qu’on aurait voulu.
Qu’à cela ne tienne, Conker’s Bad Fur Day vaut à lui seul le détour. Il s’était imposé comme l’un des tout meilleurs jeux N64 à sa sortie, il s’impose aujourd’hui comme l’un des tout meilleurs jeux Xbox. Et là , tout est super dit de la muerte.




Si le nouveau mode Xbox Live, annoncé comme l’essentiel de ce Conker Live & Reloaded, déçoit un peu par son aspect brouillon et son manque d'équilibre, cette galette vaut largement le détour pour le remake de Conker’s Bad Fur Day, qui reste 4 ans après une aventure passionnante, hilarante et incroyablement variée. La refonte graphique totale en fait l’un des plus beaux jeux Xbox jamais vus, ce qui décuple le plaisir de jeu. Ceux qui n’ont jamais tâté de la version N64 peuvent sauter dessus les yeux fermés, quant aux autres… Pourquoi ne pas se laisser tenter une nouvelle fois par l’aventure ?
Les plus
+ La réalisation splendide+ Le gameplay riche et varié
+ L’ambiance et l’humour complètement déjantés
Les moins
- Le mode Multi un peu décevant- Des temps de chargement très courts mais trop fréquents
- Quelques rares saccades
Détails
- Nom
- Conker : Live and Reloaded
- Conker : Live ant Uncut
- Support
- Xbox
- Genre
- Aventure
- Editeur
- Rare
- Développeur
- Rare
- Sortie
- 24 juin 2005
- 21 juin 2005 (US)
- Recommandation PEGI
- Joueurs de 16 ans et plus


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