Bioshock 2
Test du Jeudi 25 février 2010 par Team B4G
Après le magnifique BioShock sorti en 2007 des esprits d'Irrational Games, la maison-mère Take-Two Interactive a décidé d'en commander une suite. Pour ce faire, cinq employés du studio original sont partis fonder 2K Marin en Californie, qui a poursuivi la collaboration avec 2K Australia tout en profitant de l'aide de 2K China. Du travail a été sous-traité chez les lyonnais d'Arkane Studios et un mode multijoueur a été ajouté et confié à Digital Extremes. En outre, la sortie du jeu initialement prévue fin 2009 a été reportée de plusieurs mois. Bref, tout a été fait pour accoucher d'une suite digne du très acclamé premier opus qui avait eu un certain succès commercial et avait été accueilli comme un chef d'œuvre par la presse spécialisée. Mais la qualité principale de BioShock n'était-elle pas son originalité ? Sans l'attrait de la nouveauté et de l'inconnu Bioshock 2 est-il un bon jeu ou une suite de trop ?
Retour à Rapture
L'histoire de Bioshock 2 se déroule à nouveau dans la ville sous-marine de Rapture, en 1959, soit presque dix ans après les évènements du premier opus. Le joueur y incarne le sujet Delta, un des premiers Protecteurs fonctionnels qui a été lié à une jeune fille nommée Eleanor. Il se trouve que la mère de la fillette, Sofia Lamb, est une psychologue à l'idéologie collectiviste qui a pris le contrôle de la ville après la mort d'Andrew Ryan et qu'elle n'est pas heureuse de voir le sujet Delta revenir à la vie et chercher à retrouver sa protégée. Ainsi cette femme sera la principale antagoniste durant le jeu et au centre de péripéties qui ne seront pas décrites ici.
Il faut bien le dire, cette intrigue n'a que peu d'intérêt. Offrant seulement une motivation pour avancer, elle ne comporte aucun réel rebondissement, ne parvient pas à construire un mystère susceptible d'attiser la curiosité, et n'est supportée que par quelques personnages peu intéressants. Avec leurs caractères à une seule dimension, ils sont toujours au bord de la caricature et ont des personnalités superficielles. Face à la folie complexe d'un Sander Cohen ou aux facéties et dilemmes d'Andrew Ryan, ils font pâle figure d'autant plus que les relations entre eux sont souvent assez simplistes et que beaucoup se bornent à hurler des ordres ou à servir d'objectifs sur les cartes. La progression est parfaitement linéaire et sans surprises. Dès le début le joueur s'oppose à Lamb pour retrouver Eleanor et ce sera l'unique fil conducteur jusqu'à la fin de l'expérience.
Ainsi, l'histoire (autant que les personnages) ressemble à une création artificielle mal maîtrisée et simpliste rendant l'univers peu convainquant et a ainsi tendance à briser l'immersion. D'autant que les aspects philosophiques du premier opus ne font pas vraiment leur retour ici. L'objectivisme auparavant exposé et illustré avec brio laisse sa place à un collectivisme caricatural qui s'intègre mal dans Rapture et n'apparait jamais comme une construction intellectuelle cohérente. En outre, les dialogues sont souvent simplistes et certains personnages expriment à voix haute ce que le joueur devrait deviner tandis que Sofia Lamb n'est pas à la hauteur d'Andrew Ryan. Avec ce deuxième opus la franchise perd ainsi ce qui était une de ses principales qualités : une histoire et un univers d'excellente qualité dans lesquels on avait envie de s'immerger.
De la plongée sous-marine
La conception est très similaire à celle du premier BioShock : le joueur parcourt Rapture à travers plusieurs grandes cartes formant chacune un quartier de la ville. Il doit y remplir des objectifs, récolter l'Adam des petites sœurs en tuant leurs protecteurs et résister à l'attaque occasionnelle d'une grande sœur. Des distributeurs automatiques permettent de s'acheter munitions et équipement, des stations de soin sont disponibles, de même que des machines permettant d'améliorer les armes. A des fins narratives, on trouve également des dizaines d'enregistrements audio disséminés à travers les niveaux, racontant l'histoire de certains habitants de la ville. La progression du personnage se fait en récoltant l'Adam des petites sœurs qui permet ensuite de s'acheter plasmides, fortifiants et augmentation de la santé. Toutes les améliorations passives ont d'ailleurs été regroupées à des fins d'ergonomie dans la seule catégorie des fortifiants.
Sachant que les niveaux immenses se parcourent de manière non-linéaire et que les chrosômes y réapparaissent lentement, on se retrouve souvent face à une expérience assez répétitive qui n'est sauvée que par la richesse du gameplay. La mise en scène est extrêmement légère, ici. Les lieux sont simplement remplis aléatoirement d'ennemis à tuer et de machines à pirater. Seulement en de très rares occasions on pourra avoir affaire à une scène scriptée ou à un moment marquant. Un court changement de paradigme assez surprenant intervient vers la fin du jeu mais reste anecdotique. Notons cependant que quelques endroits se distinguent de par leur conception. Ainsi, l'Allée des Sirènes et le Point de chute offrent des environnements à plusieurs étages qui donnent lieu à des combats plus intéressants que les traditionnelles grandes salles ou couloirs de la plupart des autres cartes.
Étant doté d'une combinaison de protecteur, le joueur aura l'occasion de marcher sous l'eau. Mais ces passages consistent simplement à aller d'une carte à l'autre en suivant un chemin étroit, sans qu'il n'y soit possible d'interagir avec quoi que ce soit. On ne peut s'empêcher de penser que beaucoup de potentiel a été ici gâché. On est loin de Dead Space qui incluait des passages avec du combat dans le vide souvent très inspirés. Surtout dans l'ensemble la conception de cette suite n'inclut aucune idée réellement nouvelle et se contente de légères variations par rapport au premier opus.
Incarner un protecteur est une tâche difficile
Bioshock 2 met le joueur dans la peau d'un protecteur, mais hormis l’utilisation de la foreuse, cela se sent peu. Ce n'est pas de là que viennent les plus importants changements du gameplay car le sujet Delta peut courir, utiliser une grande variété d'armes et s'avère même plus fragile que Jack en son temps.
Mais en couplant cela à la possibilité d'avoir en main une arme et un plasmide en simultané, le jeu y gagne un dynamisme certain et devient à la fois plus proche d'un FPS classique tout en rendant possible d'alterner très rapidement tirs et plasmides, ce qui génère une manière de jouer particulièrement intéressante permettant par exemple d'enflammer des groupes de chrosômes avant de les achever à la mitrailleuse. La santé plus fragile oblige en outre à se mettre à couvert et à utiliser le terrain à son avantage, ce qui rend le combat indéniablement plus exigeant d'autant que l'IA des chrosômes s'est vue améliorée. Certains passages en deviennent même de véritables spectacles meurtriers. Finie aussi l'utilisation à outrance des attaques de mêlée, la foreuse est particulièrement efficace mais autant que les autres engins de mort disponibles. Attention cependant à bien gérer sa consommation en essence dont la jauge descend rapidement en flèche.
Au lieu de simplement récolter ou sauver les petites sœurs, il est maintenant préférable de jouer au papa malin en les adoptant puis en les escortant pour récolter de l'Adam sur des cadavres bien précis. Cela donne l'occasion d'adopter un autre style de combat en plaçant des pièges et défenses autour du lieu où la récolte attire les chrosômes. Le joueur peut ainsi profiter de mini-tourelles déployables, de munitions piégées, ainsi que du plasmide Cyclone qui permet de poser des pièges mortels éventuellement couplés à un autre pouvoir. Les phases de jeu qui en découlent ont ainsi un rythme bien plus soutenu que le reste de l'aventure et impliquent une certaine planification tactique.
Les sensations procurées par les armes sont dans l'ensemble assez bonnes même si la forte résistance des ennemis aux tirs rend toujours les fusillades un peu frustrantes, mais conduit en contrepartie à largement utiliser les plasmides. On notera par ailleurs les efforts faits par 2K Marin à diversifier les combats. En sus des classiques chrosômes, une énorme brute capable d'utiliser son environnement pour jeter des objets sur le joueur a été ajoutée. Les apparitions des grandes sœurs sont quant à elles de vrais défis durant lesquels utiliser les bons plasmides et savoir suivre leurs mouvements très rapides est essentiel.
Au delà du combat une caméra est disponible pour filmer les ennemis lors des combats afin d'obtenir des bonus de dommages permanents. Dans la même veine, un des plasmides permet de pratiquer l'infiltration sous une forme immatérielle tandis qu'un pistolet à fléchettes de piratage permet de prendre le contrôle de caméras ou de tourelles à distance. Le mini-jeu d'assemblage de tuyaux s'est lui vu remplacer par une épreuve où il faut arrêter une aiguille mouvante sur des zones vertes ou bleues, à la manière du rechargement rapide de Gears of War. Ce système de piratage plus simple et plus rapide s'intègre mieux dans le jeu qu'il ne met pas en pause.
Mais malgré ce soin apporté à un certain affinage du gameplay, l'interaction présente dans Bioshock 2 donne une impression de déjà vu trop importante. Les quelques nouveautés ne parviennent pas à cacher le recyclage complet du gameplay de l'original qui ne se distinguait pas par sa qualité mais par son originalité. Même les armes du sujet Delta sont des équivalents conformes de celles de Jack, ce qui fait apparaître ce deuxième opus plus comme un semblant de remake que comme une suite étendant les concepts de son prédécesseur. Les amateurs des combats de BioShock sont servis, mais il n'y a pas de réelle nouveauté à se mettre sous la dent. Les concepteurs semblent avoir été à court d'idées…
Quant à l'importance des choix, elle reste très limitée : hormis sauver les petites sœurs, le joueur a l'opportunité de choisir d'épargner ou non certains personnages importants. Le tout a dans un cas des conséquences immédiates minimes et pour le reste conduit seulement à une des quatre fins possibles du jeu.
Un multijoueur qui veut faire comme les grands
La grande nouveauté de Bioshock 2 est la présence d'un mode multijoueur fortement inspiré de certaines références du genre telles que Call of Duty 4. En effet, il propose un système de niveaux qui permet de débloquer armes, plasmides, objets de customisation des persos, défis et fortifiants en gagnant de l'expérience. Mais contrairement à l'exemple le plus connu, il se révèle déséquilibré. Les armes proposées au début sont peu puissantes et les différences de niveau génèrent de gros déséquilibres durant les parties, rendant les combats biaisés dès le départ.
Cependant, avec ses sept modes de jeu proposant la panoplie complète des classiques du FPS (avec du deathmatch au capture the flag ainsi que quelques formules spécifiques), le titre s'affiche comme décemment doté en contenu. Les sensations de tir, la vitesse de déplacement et l'équilibrage des dommages auraient pu être bien meilleurs mais le jeu comporte des possibilités originales telles que le contrôle de tourelles fixes et l'opportunité de placer des pièges sur les distributeurs ou d'obtenir des bonus de dommages en prenant les ennemis morts en photo. De plus, pouvoir utiliser en même temps plasmides et armes à feu ne gâche rien. L'apparition d'une combinaison de protecteur vient en outre pimenter les combats par moments tout en restant relativement équilibrée. Il faut cependant avouer que cette partie multijoueur se montre incroyablement bourrine et que les morts s’enchainent à la pelle. Si la limitation à 10 joueurs maximum pouvait surprendre, au final on ne peut que s’en réjouir compte-tenu du bordel ambiant.
Le résultat est un multijoueur assez commun, doté de ses particularités, mais qui est loin de se hisser au niveau des références du genre d'autant plus que l'absence de serveurs dédiés peut souvent poser des gros problèmes de lag, et que le matchmaking se révèle souvent d'une lenteur désagréable. De plus, la finesse graphique est un ton en dessous du solo déjà pas transcendant. Malgré tout, cette aspect de Bioshock 2 reste une expérience plaisante et fonctionnelle qui se laisse jouer mais à laquelle il manque à la fois le niveau de finition et des aspects distinctifs pour en faire une expérience mémorable.
Une vision coincée en 2007
Lorsque BioShock est sorti il y a plus de deux ans, il s'était distingué par sa modélisation impeccable de l'eau, par sa direction artistique exceptionnelle, mais pas pour la finesse de la modélisation ou des textures. L'ennui, c'est que Bioshock 2 ne fait pas mieux et va même jusqu'à proposer des environnements parfois moins riches ou moins détaillés que dans l'original. Si l'on ajoute à cela une direction artistique plus en retrait donnant un cachet moins flatteur aux environnements, cela aboutit à un jeu qui n'est clairement plus en phase avec ce qu'on pourrait attendre visuellement d'un tel titre. Le détail des décors est très inégal d'un endroit à l'autre, certains lieux manquent de diversité visuelle et l'ensemble fait souvent mal fini, tandis que les textures baveuses et certains effets mal implantés dérangent. En bref : ce n'est pas beau.
Techniquement les versions PS3 et Xbox 360 de Bioshock 2 ont été testées sur la même télé en simultané grâce à une option d'affichage en multi-fenêtrage, la première machine via un câble YUV, la seconde avec un câble HDMI (l’officiel de Microsoft). D'un point de vue visuel le titre de 2K Marin est quasiment identique sur les 2 machines grâce à leur parfaite gestion de l'Unreal Engine 3 mais il faut tout de même noter la présence de couleurs plus vives et d'un meilleur contraste en faveur de la PS3 à réglage gamma égal (via l'utilitaire intégré au jeu), la Xbox 360 affichant un rendu plus terne. La PS3 accuse cependant le coup au niveau des temps de chargements plus longs malgré l'installation obligatoire du jeu sur le disque dur (comptez 10 minutes de moulinage). A titre d'exemple le tout premier loading de l'aventure solo se torche en environ 35 secondes sur Xbox 360 contre une cinquantaine sur PS3. M'enfin tout ceci n'est que du chipotage, Bioshock 2 tourne très bien sur les 2 consoles (la remarque visuelle peut être mise sur le dos de la qualité du câblage) alors si vous avez le choix, optez pour vos préférences au niveau de votre aisance avec telle ou telle manette ou de votre affinité envers le PSN ou le Xbox Live pour jouer en ligne.
Enfin Bioshock 2 est bien plus court que son prédécesseur. Même si la récolte de l'Adam oblige à rester un peu plus longtemps sur chaque carte, on a malgré tout affaire à un jeu d'environ dix heures, là où le premier opus pointait entre 15 et 20 heures. C'est peu surtout au vu du temps que l'on passe dans chacune des 8 grandes zones du jeu.

Il existe des jeux vidéo qui se suffisent à eux-mêmes et qui ne peuvent être enrichis par des suites directes. Bioshock 2 offre un exemple évident. Même s'il propose des combats plus dynamiques et offre une autre vision de la cité sous-marine de Rapture, ce titre n'est pas bénéfique à la franchise. Au contraire, avec sa direction artistique moins inspirée, son histoire et ses personnages brouillons, il fait apparaître plus clairement encore les limites de la conception qu'il partage avec le premier opus. Heureusement au rang des qualités se trouvent les nouveaux ennemis et l'utilisation simultanée des armes et plasmides mais cela ne fait pas oublier les graphismes peu flatteurs, le multijoueur fonctionnel mais inutile, ni l'absence de réelles nouvelles idées. Malgré quelques défauts, Bioshock était une petite œuvre d'art. Cette suite n'est qu'une tentative maladroite d'en faire une copie et souffre d'un certain manque d'audace. Elle n'offre pas un voyage dans un monde inconnu, mais un retour dans un lieu qui n'a plus rien d'original. Pris à part, il s'agit malgré tout d'un bon jeu susceptible de plaire aux amateurs de la cité sous-marine.
Les plus
+ Les combats plus dynamiques.+ Plasmides et armes en même temps.
+ Nouveau système de piratage.
+ Plus de choix.
+ Le gameplay varié.
Les moins
- L'histoire simpliste.- Peu de nouveautés.
- Multijoueur inutile.
- Les décors moins attirants.
- Graphismes datés.
- Des idées inexploitées.
- Choix qui ont peu de conséquences.
- Une introduction expédiée.
Détails
- Nom
- Bioshock 2
- Bioshock 2 : Sea of Dreams
- Support
- Xbox 360
- Genre
- FPS
- Editeur
- 2K Games
- Développeur
- 2K Marin
- Sortie
- 09 février 2010
- Recommandation PEGI
- Joueurs de 18 ans et plus


















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