Alan Wake
Test du Mardi 11 mai 2010 par AssKicker
Après 2 épisodes de Max Payne nous ayant initié aux joies du "Film Noir Action Game", le studio finlandais de Remedy Entertainment rempile avec Alan Wake et son concept de "Psychological Thriller Action Game" qu'ils ont inventé tous seuls comme des grands. D'abord ambigu sur ses plateformes de destination avant d'affirmer sa pleine dévotion à Microsoft pour finalement devenir une exclusivité totale à la Xbox 360, le titre tant attendu fini par débarquer 5 longues années après son annonce choc de 2005. Alors ? Déception ou consécration ? Tremblez pauvres fous car plus jamais vous ne verrez le Bois de Boulogne comme avant...
Syndrôme de la feuille blanche suxx
Alan Wake est un célèbre écrivain à succès dont les talents et le domaine de prédilection sont comparés à du Stephen King de notre monde à nous. Hélas malgré sa renommée le bonhomme souffre d'un terrible manque d'inspiration et la moindre tentative d'écriture se solde par un échec au point de finir par affecter son comportement. Le mal est ancré au plus profond de lui et affectée par la situation, Alice, la douce, tendre et blonde femme d'Alan propose d'effectuer un séjour à Bright Falls, petite bourgade montagnarde paumée afin que son homme puisse se reposer au calme, loin de tout, et ainsi espérer retrouver sa fibre de l'écriture. Mais suite à une dispute, celle-ci disparaît dans de sombres circonstances dont la nature échappe quelque peu à un Alan qui aura du mal à faire la part des choses.
Et là je vais m'arrêter avec les détails scénaristiques d'une part pour économiser mon clavier, et d'autre part parce que c'est tout simplement le souhait des développeurs rêvant de voir les journalistes entretenir le suspens vis à vis de la riche histoire du jeu qui ne manquera pas de vous remuer le ciboulot.
Voir Bright Falls puis mourir
Pour commencer coupons court à un préjugé qui circule depuis belle lurette : non Alan Wake n'est pas un jeu sandbox où l'on peut se balader librement à sa guise en braquant tous les véhicules à portée de mimines. Non, Alan Wake est on ne peut plus linéaire avec des objectifs vous demandant principalement d'aller d'un point A à un point B jusqu'à torcher tout l'alphabet mais il est très important de souligner le fait que les abords des chemins que l'on emprunte sont particulièrement vastes et permettent de s'enfoncer profondément dans les bois au point que l'on aurait pu se perdre s'il n'y avait pas un petit indicateur nous signalant la direction à prendre.
Classer le titre de Remedy est assez ardu et pour faire simple on pourrait dire qu'il s'agit avant tout d'un jeu d'ambiance. Et quelle ambiance les enfants ! Incroyable, pesante, prenante, glauque, lourde, étouffante... les qualificatifs me manquent mais contentons-nous de dire que c'est du grand art, tout simplement. Ancien bastion minier ayant vécu son âge d'or au 19ème siècle et durant la première moitié du 20ème, Bright Falls a petit à petit sombré dans l'abandon depuis qu'une éruption sous-marine a engendré d'importants dégâts au sein de son exploitation souterraine. La population a progressivement quitté les lieux et seuls quelques irréductibles habitants sont restés sur place en côtoyant les souvenirs issus des périodes fastes de la ville. Il en résulte bon nombre d'endroits à l'abandon, crasseux, endommagés, rouillés, éparpillés et isolés du monde extérieur qui dégagent un cachet unique tout bonnement grandiose et contribuent magistralement à l'ambiance du jeu. Ajoutez à cela des habitants typés et caractérisés à ce type de lieux fantômes et vous obtenez une ambiance qui restera gravée dans les annales du jeu-vidéo.
Même si Bright Falls est un petit bled paumé, ses différents bâtiments et lieux clés se trouvent étalés sur un vaste territoire forestier agrémenté d'un lac au passé tourmenté. Alan se fera baladé en de multiples endroit et sur de longues distances, ce qui ne jouera pas toujours en sa faveur...
Guess who's back ? Ghostbusters !
L'aventure d'Alan Wake est majoritairement plongée dans le noir et rapidement notre beau gosse d'écrivain trouvera son salut dans une lampe-torche qu'il apprendra à chérir comme la prunelle de ses yeux. En effet, le mal qui règne dans le jeu se trouve être une espèce d'ombre mystérieuse et surnaturelle planant au-dessus de Bright Falls. De celle-ci émanera les "Possédés" qui tenteront de vous faire trépasser de diverses manières et toujours sans le moindre anti-douleur. De même, certains objets de petites ou grosses dimensions (ça peut aller de la brouette à la moissonneuse-batteuse) pourront également être manipulés par l'entité maléfique pour être jetés contre vous façon Poltergeist. Dans tous les cas une seule solution s'impose : éclairer toutes ces saletés pour les réduire en cendre.
Autre cliché qui circulait et que je vais fracasser d'un coup de boule : non Alan Wake n'est pas un jeu de shoot. Enfin un peu mais pas de manière abusive non plus. Ces séquences interviendront principalement lors de vos déplacements et seront signalés par une petite mise en scène vous indiquant d'où proviennent les possédés. En général ils apparaissent par groupe de 3 ou 4 (parfois plus) et si vous voulez vous en débarrasser vous devrez les illuminer avec votre lampe-torche jusqu'à ce que leur protection se "brise". C'est seulement à partir de là que vos balles pourront avoir un effet sur leur santé. Pseudo-réalisme oblige, votre lampe-torche aura besoin de piles pour fonctionner, dans quel cas contraire vous n'aurez d'autre solution que de fuir... sauf que ça ne marche pas toujours très bien. En effet, Alan n'est pas un surhomme et il s'essoufflera rapidement contrairement à vos opposants qui pourront d'ailleurs vous trouer à distance avec leurs faucilles. Vous comprendrez alors aisément que la gestion des batteries de votre lampe sera primordiale à votre survie tout comme celle des munitions des différentes pétoires qui vous aurez à votre disposition (pistolet, carabine, fusil à pompe et pistolet de détresse) mais également des accessoires lumineux qui seront de précieux alliés (lumière à main et grenades incapacitantes).
Promenons-nous dans les bois
Comme je le disais plus haut, la progression d'Alan Wake est plutôt linéaire bien qu'agrémentée de très larges chemins vous invitant à vous y aventurer afin de découvrir des caches d'armes ou encore des bouts de manuscrits rédigés par Alan pouvant être liés avec des événements passés... ou futurs. Mais attention toutefois puisqu'en vadrouillant davantage vous aurez également plus de chances de faire de mauvaises rencontres. A vous de voir si vous en avez le courage mais ça peut en valoir le détour quitte à subir quelques frissons bonus.
Fort heureusement pour votre petit coeur vous ne serez pas toujours seul à vivre cette sombre aventure paranormale et certains moments vous placeront par exemple en compagnie de Barry, votre manager et meilleur ami ayant toujours le mot pour loler. L'histoire est régulièrement entrecoupée de cinématiques à la mise en scène particulièrement efficace qui relèvent à merveille les moments forts du jeu. De même pour la narration globale du titre qui ressemble à un feuilleton télévisé. Le jeu est ainsi divisé en plusieurs épisodes, chacun ayant un résumé des faits précédents, le vif du sujet ainsi qu'une fin avec un générique audio de qualité. Pour renforcer cette sensation de vivre une aventure forte, c'est carrément Alan Wake qui raconte le fil de l'histoire, celle-ci arrivant particulièrement à le mener en bateau (et nous par la même occasion) au travers de situations où l'on a du mal à discerner la réalité de la fiction. Sur ce point Sam Lake, scénariste du jeu, a assuré comme une bête et s'est également régalé à imaginer une mini-série in-game parodiant La 4ème Dimension avec plusieurs épisodes de 2 ou 3 minutes comprenant de vrais acteurs ratés que l'on pourra visionner à plusieurs reprises en débusquant les postes de télévision disséminés dans le jeu. Assurément tripant ! Mention spéciale d'ailleurs à la version française qui est pour une fois très bien jouée et pour tous les protagonistes. Les voix sont parfaitement dans le ton et celle d'Alan parvient à retranscrire l'atmosphère sombre du scénario tout au long de sa narration. Autant dire que ça fait sacrément plaisir.
Dans un certain sens Alan Wake fait un peu penser au film Silent Hill (voire aux 2 premiers jeux) de par son atmosphère embrumée et son ambiance lourde mais ça s'arrête là , il ne s'agit pas d'un jeu d'horreur non plus. Vous pouvez également trouver des références à la série Lost avec les ténèbres prenant la forme d'une espèce de gros nuage noir, des arbres qui tomberont au loin pour d'obscures raisons ou encore de ces véhicules qui tombent du ciel comme par enchantement.
Tout n'est pas rose dans Alan Wake et rapidement on se rendra compte que le titre se montre vite répétitif. On va à un endroit, on croise plusieurs groupes de possédés à dézinguer, on active un générateur via un QTE ultra-basique afin d'allumer un lampadaire, on arrive à destination, on bute un autre groupe de possédés, on va à un autre endroit pour X raison, etc... Mais force est de constater que la magie opère toujours grâce à cette satanée ambiance de folie, cette narration grandiose et la taille des environnements qui nous font voyager sur de longs kilomètres (principalement à pied mais parfois en voiture). Même si les lieux sont variés et éparpillés, le thème reste toujours le même avec des décors assez répétitifs (forcément, on reste dans le coin de Brith Falls) mais l'ensemble se montre tellement travaillé qu'il n'y a rien à faire, on en demande toujours plus et on se laisse bercer par les sombres plans que nous ont concocté les ténèbres. Dommage toutefois que l'effet de surprise soit rarement de mise puisque les apparitions des possédés sont presque tout le temps marquées par une petite introduction. Ça diminue un peu le coté flippe du jeu mais le sentiment d'oppression reste cependant intacte compte tenu de l'immensité des bois et de leur pénombre menaçante. Brrr...
Les situations ont toutefois le mérite d'être variées et certains passages seront tout bonnement cultes, comme par exemple celui de la scène de heavy métal en plein champs de blé. Enorme ! Au final j'ai mis un peu plus de 9 heures pour terminer le jeu tout en essayant de récupérer un maximum de thermos de café, de pages de manuscrits et de caches d'armes mais si la discipline n'est pas votre dada, vous pouvez probablement enlever un peu plus d'une heure pour en arriver à bout. D'ailleurs je vous conseille de faire le jeu en difficulté supérieure car en mode normal les munitions et les piles sont bien nombreuses et les ennemis pas très résistants une fois qu'ils sont affaiblis par votre lampe-torche (1 ou 2 coups à peine, voire 3 pour les plus gros).
Plein les yeux
Techniquement on en attendait beaucoup d'Alan Wake qui faisait presque office de porte étendard de la Xbox 360. D'un coté c'est très réussi avec des effets de lumière parfaitement maîtrisés et de toute beauté (mention spéciale aux feux de détresse et aux grenades incapacitantes) qui nous éblouissent et projettent des ombres en temps réel, des environnements immenses affichés sans broncher, des forêts crédibles dont les branchages bougent au gré du vent et de vos passages, etc... mais d'un autre coté les expressions faciales et les animations des personnages semblent dater d'une autre époque. Si dans les cinématiques la motion capture a été employée de manière correcte, dans le jeu en lui-même on se demanderait presque si tout n'a pas été fait à la main. Les personnages sont raides dans leurs mouvements, les visages semblent crispés et les expressions froides, ça fait un peu peine à voir pour un titre de ce calibre. Fort heureusement Remedy a déjà annoncé s'être amélioré avec les DLCs futurs qui prendront la forme de nouveaux épisodes (le premier sera d'ailleurs gratuit). On demande à voir.
Niveau sonore il n'y a pas grand chose à reprocher hormis les bruits des voitures qui ressemblent davantage à ceux d'une tondeuse à gazon. Pour le reste c'est que du bonheur avec une VF de qualité, des musiques très réussies et des bruitages glauques qui arrivent à nous faire suinter de partout. L'ambiance sonore est magistrale au point qu'il est vivement recommandé de savourer le jeu dans le noir avec un casque vissé sur les oreilles ou avec un kit 5.1 faisant trembler les voisins devant leur épisode de NCIS. Du bon boulot.

L'attente fût longue mais elle ne fût pas vaine. Alan Wake est une pure tuerie de narration, l'ambiance que dégagent Britght Falls et ses environs ne cesseront de vous tourmenter et l'histoire aimera vous faire trépigner entre réalité et délires surnaturels. Rarement un jeu n'aura dégagé une atmosphère aussi pesante, sombre et racée avec un gameplay parfaitement adapté basé sur la traque de l'obscurité par la lumière. Le monde d'Alan Wake fourmille de références de qualité (Silent Hill, Lost, La 4ème dimension, etc...) et le résultat final nous donne un jeu que l'on est pas près d'oublier tant il se montre envoutant et passionnant malgré une certaine sensation de linéarité et de répétitivité. Qu'à cela ne tienne, l'aventure se savoure telle quelle et on en redemande volontiers tant l'ensemble est orchestré de main de maître. Du grand art, tout simplement !
Les plus
- Bright Falls, magnifique.- Une ambiance magistrale.
- Un gameplay efficace.
- La narration.
- Le scénario.
- Vaste.
- Les environnements.
- Les effets de lumière.
- Les références.
- La version française.
- La bande son.
Les moins
- Assez linéaire.- Assez répétitif.
- Les animations ratées.
- On en veut plus !
Détails
- Nom
- Alan Wake
- Support
- Xbox 360
- Genre
- Action
- Editeur
- Microsoft
- Développeur
- Remedy Entertainment
- Sortie
- 14 mai 2010
- 11 mai 2010 (US)
- Recommandation PEGI
- Joueurs de 16 ans et plus






















Actus