PS3 Heavy Rain


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Test de Heavy Rain

Test du Lundi 24 mai 2010 par Nobuteru Yuki

Vous vous êtes déjà demandé jusqu’où irez-vous pour sauver la personne que vous aimez ? On ne réfléchit presque jamais à une telle question, cela ne traverse à aucun moment notre esprit. Ou très peu. Pourtant beaucoup de gens se retrouvent face à des situations extrêmes où ils se voient obligés de se surpasser pour garder un être cher. Ce sont des gens qu’on ne connaît pas forcément, on lit parfois des histoires du genre dans les journaux, dans des livres de fiction ou on voit ça au cinéma. Sauf que ce n’est jamais quelque chose qui nous touche directement, c’est une expérience peu courante à vrai dire. Cela vous dirait-il de vivre une telle situation ? De ressentir ça de façon très proche mais avec le risque en moins ? Si oui, ça tombe bien : Heavy Rain est là.

LE BONHEUR … LE MALHEUR

Ethan Mars est un père de famille épanoui. Il a une charmante épouse et 2 jeunes enfants adorables, un travail d’architecte qui rapporte bien et une belle maison. Bientôt c’est l’anniversaire de son fils Jason. Il aura 9 ans et la famille compte fêter cet événement comme il se doit : ballons, guirlandes, déjeuner et gâteau d’anniversaire. L’après-midi ils partent tous ensemble profiter de cette belle journée pour faire du shopping dans un centre commercial. La maman décide d’aller acheter des chaussures à Shaun pendant qu’Ethan et Jason attendent dehors en plein milieu d’une foule dense. Quelques secondes d’inattention ont suffit pour qu’Ethan et son fils soient séparés. Le père affolé se met à courir dans tous les sens, essayant tant bien que mal de se frayer un chemin dans la foule pour enfin retrouver son fils dehors sur le trottoir d’en face. Jason se retourne et décide de traverser la route pour retrouver son père. Une voiture arrive à toute allure, Ethan plonge et tente de protéger son fils mais malheureusement celui-ci meurt sur le coup dans les bras de son père sévèrement touché lui aussi, tout ça sous les yeux de sa mère et de son petit frère.

Une entrée en matière très dure qui annonce le ton d'Heavy Rain. Plus rien ne sera jamais pareil dans le foyer Mars. Les parents se séparent après la profonde dépression d’Ethan ainsi que ses trous de mémoires causés par son traumatisme suivant son accident. Bien sûr cet incident n’est que le début de son malheur. Dans la ville règne un serial killer nommé le tueur à l’origami. Il cible de jeunes garçons qu’il noie dans l’eau de pluie et les abandonne ensuite dans un lieu public avec un origami dans la main et une orchidée sur la poitrine. Le cauchemar d’Ethan empire le jour où il perd son second fils après un moment d’absence mentale, trouble qu’il subit de façon répétée depuis son accident. Serait-ce le tueur à l’origami ? La descente aux enfers commence...

LES EPREUVES DE L’ORIGAMI KILLER

Il est préférable de mettre de côté le scénario et de se concentrer sur l’architecture d'Heavy Rain. Divulguer davantage d’informations sur l’histoire pourrait gâcher irrémédiablement l’expérience unique que nous propose ce jeu. D’ailleurs il est difficile de qualifier cet œuvre de jeu-vidéo tant elle ne respecte que très peu les mécanismes de ce média. Il n’y a ni barre de vie ni game over et au final c’est beaucoup plus une histoire dramatique interactive sur laquelle le joueur peux exercer une influence directe sur son déroulement, changeant de ce fait le récit ainsi que la conclusion. Les choix sont présents dès les premiers instants avec des décisions prises dès le début qui peuvent changer ce qui va se passer par la suite de façon considérable.

Pour ce qui est du gameplay le joueur se trouvera face à un système très spécial beaucoup plus basé sur des choix que sur un réel système de jeu. Chaque action, allant des gestes anodins aux mouvements cruciaux, est indiquée à l’écran par des icônes représentant les boutons sur lesquels il faudra appuyer, la direction à reproduire avec le stick analogique ou encore le mouvement à effectuer à l’aide de la détection des mouvements de la manette sixaxis. Cette mécanique a souvent été assimilée aux QTE alors qu'il y a en fait peu d’actions qui requièrent un temps à respecter lors de la pression des boutons.

Le joueur suit le récit à travers les yeux de quatre personnages : Ethan Mars, Norman Jayden, un agent F.B.I équipé d’un matériel de haute technologie venu aider la police locale à investiguer sur la disparition de Shaun, Madison Paige, une journaliste insomniaque qui se retrouve malgré elle mêlée dans cette histoire et enfin Scott Shelby, un détective privé engagé par les familles des victimes de l’Origami Killer afin qu’il le retrouve. Ces quatre personnes forment une seule entité que l’on pourrait qualifier de protagoniste car chacun d’eux joue un rôle important dans cette affaire. L’histoire est divisée en plusieurs chapitres durant lesquels on contrôle l’un des personnages cités plus haut. De cette manière le joueur a une vision différente à chaque fois car chaque personnage a son point de vue, ses propres idées, ses doutes et surtout ses motivations qui le poussent à avancer.

Le jeu dont vous êtes les héros

Ethan veut ainsi à tout prix retrouver son fils Shaun et il s’avère que c'est effectivement le tueur à l’Origami qui l’a kidnappé. Ce criminel se joue d’Ethan et le soumet à différentes épreuves cruelles de façon à jauger sa volonté pour sauver son fils. A chaque épreuve réussie Ethan se voit gratifié par quelques lettres de l’adresse où se trouve son fils et du coup il doit impérativement jouer le jeu s’il espère un jour revoir sa progéniture saine et sauve.

Madison est une jeune journaliste qui souffre d’insomnie. Pour des raisons qu’elle ignore elle-même, il ne lui est possible de fermer l’œil que dans des motels. C’est d’ailleurs en séjournant dans des endroits pareils qu’elle croise Ethan dans un état lamentable et décide de lui venir en aide. Par ses propres moyens, Madison essaye de trouver la vérité qu’Ethan tente de cacher et se retrouve par la suite impliquée dans cette sordide histoire.

Quant à Norman il fait son mieux pour dresser le profil du tueur, essayer de comprendre le but derrière ces crimes pour le coincer. La tâche s’avère difficile car son coéquipier, le Lieutenant Blake de la police locale, a un caractère impulsif et des méthodes des plus discutables qui n’arrangent vraiment pas les choses. Norman est doté d’une paire de lunettes issue d’une technologie avancée nommée A.R.I (pour Added Reality Interface) ainsi qu’un gant spécial. Ces outils à la pointe de la technologie lui permettent d’étudier une scène de crime aisément en dévoilant tous les indices en les comparant immédiatement aux entrées de la base de données de la police et du F.B.I. Il lui est également possible de consulter ces indices à tout moment à la manière du film Minority Report.

Enfin Scott est un ancien flic reconverti en détective privé. Il a été engagé par les parents des victimes pour suivre les traces du tueur à l’Origami. Il compte bien mener son enquête jusqu’au bout pour sauver Shaun. Il soupçonne Gordi Kramer, un jeune homme déséquilibré, fils d’un richissime homme industriel qui a plusieurs fois dérapé en commettant des infractions et qui a toujours été couvert par la puissante influence de son père.

UN JEU QUI N’EN EST PAS UN

Les commandes d'Heavy Rain sont vraiment exceptionnelles et divisent beaucoup de joueurs. On aime ou on déteste. Personnellement je les ai trouvé parfois imprécises, surtout en ce qui concerne la détection des mouvements. Tout le jeu est parsemé de commandes à effectuer : des rotations avec le stick analogique, des pressions sur les boutons, parfois du matraquage, parfois des pressions maintenues. Souvent on nous impose de maintenir plusieurs boutons à la fois ce qui se montre assez compliqué par moments. Je me souviens même avoir utilisé ma langue pour appuyer sur la touche triangle tellement j’avais du mal à suivre étant donné que tous mes doigts étaient occupés. Certes c’est rare comme situation et il est sympathique de voir que suivant l’action dans le jeu ces mouvements sont plus ou moins justifiés pour exprimer certaines choses. Reste que quand on se retrouve face à une telle situation on ne peut qu’être embêté. C’est come un point & clic mais au lieu d’utiliser un curseur pour interagir on est confronté à un tas de commandes inutiles qui ne rajoutent ni un plaisir de jeu ni du challenge (si ce n’est par leur imprécision). Donc il est clair que selon moi les commandes sont un ratage monumental qui nuisent gravement à l’expérience.

Heavy Rain est une œuvre réaliste sur beaucoup de points et principalement sur celui de la modélisation des personnages. Malgré les mouvements réalisés en motion capture et la construction faciale en 3D à partir de réels acteurs, les personnages sont plutôt flippants. On aurait dit des poupées de cire qui n’émettent aucunes émotions. C’est vraiment troublant comme résultat car le design global est franchement réaliste. Le comportement lui est tout bonnement inhumain et c’est essentiellement accentué par les mouvements des yeux et les battements des paupières plutôt bizarres. Les personnages ne regardent pas dans la bonne direction, on croirait que ce sont des fous ! Les expressions faciales sont étrangement décomposées et la synchronisation labiale est souvent à la ramasse. On note également des bugs embêtants ici et là, parfois nous obligeant à redémarrer le jeu. Pas cool.

A certains moments il nous est possible d’interagir sur les dialogues. Un nuage de choix de réponses se forme autour du personnage que l’on contrôle et se met en rotation à différentes vitesses et vibrations dépendant de son état psychologique, ce qui laisse place à une bonne variété d’échanges verbaux fluides et naturels.

Les musiques quant à elles, bien qu’orchestrées avec brio, se montrent redondantes et sont placées à peu près n’importe comment et gâchent l’immersion. Ce sont des thèmes conçus de manière cinématographiques qui soutiennent à merveille le ton tragique de l’histoire. Parfois un peu trop car intervenant à tout bout de champs quitte à décrédibiliser la situation (quand même, faut pas la ramener pendant qu’on fait une omelette…).

TOUT EST DANS L’HISTOIRE

Le point fort d'Heavy Rain se situe indiscutablement dans son intrigue. Sa construction originale et ses différentes possibilités poussent la durée de vie au maximum et donnent au joueur un grand intérêt à revivre l’expérience à plusieurs reprises afin d'explorer d’autres chemins et ainsi voir les multiples fins. Il y a des actions mineures et d’autres majeures, chacune d’entre elles pouvant avoir une certaine répercussion sur le récit ainsi que sur la finalité des choses.

Heavy Rain est une œuvre mature destinée à un public adulte de par son thème très noir, son écriture détaillée et ses protagonistes dont les profils sont travaillés à un tel niveau de justesse que l’on s’y attache. Les choix artistiques dans la mise en scène renforcent cette touche cinématographique, que ce soit dans la violence ou dans les scènes de nu qui n’ont pour but que d’accentuer le réalisme et de plonger le joueur dans le jeu. Ces choix esthétiques sont justifiés et à aucun moment racoleurs car c’est le joueur qui est aux commandes et c’est à lui de décider de ses actions, rien ne lui est imposé.

Enfin… le joueur n’a pas une liberté totale d’action autrement il risque d’y avoir des incohérences. Afin de préserver la trame scénaristique principale certains passages sont scriptés et ne peuvent à aucun moment être contournés ou déviés. Il est utile de noter qu’à ce jour Heavy Rain est le seul jeu à proposer un tel niveau d’écriture avec des fins diverses toutes aussi bonnes les unes que les autres. Tout dépend votre façon de jouer et je vous conseille pour la première partie de faire des choix selon votre caractère pour une meilleure immersion. Peu importe la fin que vous aurez, elle sera le fruit de vos actions car c’est vous qui décidez de la fin du jeu.

8

A mi-chemin entre jeu-vidéo et film, Heavy Rain est une œuvre hybride qui propose une expérience unique méritant largement le détour. Hormis les défauts techniques et le choix du système des commandes, l’âme du jeu repose entièrement sur son histoire torturée, son ambiance baignant dans la tristesse, son réalisme esthétique, sa bande sonore orchestrale et surtout sur l’interaction directe du joueur sur l’histoire pour aboutir sur une fin taillée selon ses actions. Heavy Rain divise les foules de par son originalité certes, mais une chose est sûre, c’est qu’il ne laisse personne indifférent tellement il brise toutes les règles liées aux jeux-vidéo conventionnels et s’élève au rang d’ovni vidéoludique dont on se souviendra longtemps encore.

Les plus

-Scénario.
-Personnages attachants.
-Les possibilités variées.
-Des fins multiples.
-Rejouabilité et de ce fait durée de vie.
-Excellents doublages français.

Les moins

-Commandes imprécises.
-Présences de bugs.
-Bien qu’elles soient bonnes les musiques sont redondantes.
-Expressions faciales très étranges.

Détails

18+
Nom
Heavy Rain
Support
PS3
Genre
Aventure
Editeur
Sony C.E.
Développeur
Quantic Dream
Sortie
24 février 2010
23 février 2010 (US)
18 février 2010 (Jap)
Recommandation PEGI
Joueurs de 18 ans et plus

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