Napoleon : Total War
Test du Jeudi 22 avril 2010 par Artheval_Pe
Après le très novateur et unique Empire : Total War qui était miné par des problèmes techniques, les développeurs anglais de The Creative Assembly s'attaquent au plus grand stratège de l'Histoire de France avec Napoleon : Total War. Annoncé à l'été lors de la Gamescom 2009, le jeu fait figure d'expansion déguisée de son prédécesseur : utilisant le même moteur graphique, les mêmes principes de base et proposant un gameplay très proche, il n'en est pas moins un titre indépendant et vendu séparément. Est-il trop conservateur ? Le moteur de jeu est-il toujours aussi instable ? Ou les développeurs ont-ils réussi à corriger tous les défauts dont souffrait le titre précédent pour offrir une expérience historique de référence ? Autant d'inquiétudes légitimes mais pas autant que la question suivante : les sujets de la perfide Albion ont-ils rendu justice comme il se doit à ce glorieux héros (et boucher) de notre Histoire que fut Napoléon ?
Qui n'a jamais rêvé d'être Napoléon ?
Le titre de The Creative Assembly vise à assouvir le fantasme de nombreux stratèges : incarner le jeune génie que fut Napoléon dans une expérience vidéoludique se voulant historique. Mais comme dans les Age of Empires, la fidélité à l'Histoire laisse souvent à désirer et la plupart des joueurs apprendront bien peu de choses nouvelles sur le premier Empire. D'autant que le jeu est parsemé par de nombreuses erreurs factuelles très regrettables : On remarque des gouvernements composés de ministres fantaisistes, des uniformes inexacts et un placement des villes et des fleuves parfois hasardeux. Malgré tout, on apprécie les quelques cinématiques bien réalisées introduisant chaque campagne et chaque bataille historique qui donnent une certaine cohésion à l'ensemble, tandis que les joueurs avides de détails pourront se plonger dans les fiches des unités et des technologies, fort instructives et détaillées.
Moins que par l'histoire ou le personnage, c'est par le gameplay caractéristique des Total War que la nature du jeu est déterminée. Les éventuels joueurs bonapartistes ou férus d'histoire sont donc bien avisés de ne pas l'oublier. Le titre peut susciter l'intérêt pour Napoléon, mais pas réellement instruire, l'intérêt éducatif étant ainsi des plus limités. Qu'on ne s'y trompe pas, comme ses prédécesseurs Napoleon : Total War est ainsi un jeu où le scénario a une importance minimale : l'ambiance et le gameplay sont déterminés par le contexte historique, mais en dehors de certains moments clés, on pourra même oublier que l'on dirige l'empereur des français.
La guerre a peu changé
Napoleon : Total War permet de faire l'expérience des guerres napoléoniennes de plusieurs manières différentes. A l'image d'Empire : Total War, il propose une campagne en trois parties distinctes basée sur les concepts caractéristiques de la série : Une expérience au tour par tour où l'on conquiert des territoires en capturant leur chef-lieu tout en assurant leur gestion. Les possibilités sont directement reprises d'Empire : Total War : On gère au niveau national les impôts, qui avec les revenus commerciaux, doivent permettre à chaque tour d'assurer l'entretien des armées, la garde de la ville et de financer les dépenses occasionnées par le joueur faisant construire des bâtiments, des navires ou en recrutant des armées.
Chaque territoire comprend plusieurs emplacements où des constructions existantes peuvent être améliorées en fonction des recherches déjà menées. L'utilisateur est ainsi amené à transformer des ateliers en usine, à implanter des mines d'or ou encore à construire des fermes, selon le lieu. C'est en développant les territoires qu'on peut obtenir des bonus dans certains domaines et des revenus supplémentaires pour entretenir de plus importantes armées. Mais un tel développement ne peut se faire sans des recherches, menées dans des centres intellectuels par des gentilshommes apparaissant automatiquement au fil du temps. Toutes ces mécaniques sont communes au précédent titre de The Creative Assembly et sont ainsi mises à profit ici. Pour quiconque ne s'intéresse pas à la gestion, il est même possible de l'automatiser pour pouvoir se concentrer uniquement sur la guerre. On regrette seulement un système de diplomatie assez rudimentaire, qui limite les possibilités de traiter avec les autres nations ou de renverser des alliances. De nombreux facteurs entrent en compte lors des échanges entre États, mais les possibilités de négociations offertes mériteraient d'être enrichies.
La réelle nouveauté dans la gestion est l'attrition : lorsque des troupes restent pendant un tour sur un territoire enneigé ou désertique, les hommes meurent et l'armée s'affaiblit peu à peu. Ainsi, on évitera d'envahir la Russie en hiver et attaquer une ville au milieu du désert devra être une décision murement réfléchie d'autant que certains peuples peuvent y être immunisés face à un certain type d'attrition. Le système de renforts pour les armées a aussi été modifié : plutôt que de racheter des troupes manuellement, le joueur peut maintenant laisser son armée dans une ville ou sur son territoire pour voir les unités incomplètes se repeupler plus lentement, en fonction de la qualité de infrastructures, ce qui oblige à être plus prudent dans les conquêtes et à souvent renouveler les effectifs pour pouvoir continuer à avancer.
La manière de jouer en solo s'est diversifiée
La première campagne est celle d'Italie et introduit des tours de seulement deux semaines. On y dirige Napoléon dans sa conquête du Nord du pays alors occupé par l'Autriche. Proposée directement après un didacticiel, cette partie est relativement facile et linéaire : on progresse en ligne droite rapidement en éliminant peu à peu les armées autrichiennes tout en gagnant du terrain mais en étant sous la pression du nombre de tours assez limité en difficulté normale. La seconde campagne d'Egypte est certainement la plus intéressante stratégiquement : Doté simplement d'un petit territoire et des armées de Napoléon, le joueur doit conquérir le pays puis remonter vers la Palestine en soumettant les territoires à son joug. Ici, les choses sont autrement plus ardues, avec de nombreuses factions occupant le terrain et obligeant à gérer plusieurs fronts. Les mamelouks défendent la majorité de l'Égypte tandis que les bédouins occupent le désert, et au Nord, c'est l'Empire Ottoman qui détient la Palestine. Il faut aussi gérer la Grande-Bretagne, capable de lancer des attaques depuis Chypre et qu'on peut tenter d'aller déloger. Enfin, la Grande campagne permet de partir à la conquête de toute l'Europe contre la coalition. C'est certainement la plus difficile car la France part désavantagée avec peu de territoires et encerclée par de nombreux ennemis, dont la perfide Albion régnant sur les mers et capable de conquérir la France de tout stratège qui s'aventurerait à la dégarnir pour mener l'offensive à l'Est. Les territoires conquis aux nations rivales peuvent aussi se montrer très réfractaires à l'invasion, et une gestion minutieuse de l'ordre public par différents moyens est nécessaire (présence d'une armée, exonération d'impôts, bâtiments culturels) pour ne pas se retrouver avec une insurrection extrêmement puissante sur les bras. Cette campagne est jouable aussi avec quatre autres nations européennes, où l'on prendra un des rôles au sein de la Coalition pour stopper Napoléon, mais reste limitée dans tout les cas au continent européen.
Mais l'aventure solo ne s'arrête pas là : On dispose d'un très pratique mode Bataille, autre nom pour l'escarmouche, permettant de jouer à volonté des batailles d'un type choisi (Terre, mer ou Siège). En addition, il est possible de visionner les affrontements que l'on peut enregistrer. Une nouveauté vient de plus combler les vœux des amateurs de stratégie en temps réel et augmenter la durée de vie de l'expérience : un mode propose de jouer les unes après les autres les 10 plus grandes batailles de l'ère Napoléonienne. Chacune se révèle unique et a bénéficié d'un traitement particulier visant à rehausser son intérêt stratégique, et on apprécie en plus la vision de paysages à chaque fois différents. On a là affaire à une vraie petite campagne de RTS pur, fort agréable et réclamant une vraie réflexion tactique, la force des armées étant limitée dès le départ. Elle forme en outre un contraste agréable par rapport aux batailles un peu répétitives des campagnes classiques à la Total War.
Un gameplay qui s'améliore en évoluant peu
Au delà de la gestion, le gameplay au tour par tour reprend exactement les bases d'Empire : Total War : On construit des armées que l'on mène au combat pour écraser les forces ennemies soit en choisissant de jouer chaque bataille, soit en laissant l'ordinateur résoudre automatiquement certaines confrontations. Des habitudes nécessaires font aussi le retour : aller achever les armées adverses en déroute après les batailles, bloquer les routes commerciales, utiliser peu de grosses armées plutôt que de disperser ses forces : on retrouve un gameplay de qualité pas toujours intuitif mais qui oblige à gérer de très nombreuses variables pour remporter la victoire, dont la maîtrise de l'ordre public, l'utilisation des ressources, la construction de routes, les alliances et la création de protectorats pouvant servir d'États-tampons. Le renforcement des armées étant différent, il faut souvent opérer des rotations pour remplacer les régiments affaiblis
Les plus importants progrès sont à noter dans les batailles : des efforts ont été faits pour rendre le jeu plus lisible, intuitif et satisfaisant : En plus d'afficher leur nombre et des détails en passant la souris dessus, les unités sont dotées dans le drapeau d'une barre graduelle colorée représentant leur combativité : verte et tout va bien, orange, ils sont proches de battre en retraite, et lorsqu'elle est blanche et petite, c'est qu'ils sont en train de fuir. Sur mer, il est maintenant possible de s'arrêter pour effectuer des réparations mais du reste les changements sont minimes. De manière générale, l'interface de commandement est devenue plus pratique en incluant de nouveaux contrôles plus intuitifs, et on n'observe plus les problèmes de réactivité des unités qui étaient parfois dommageables dans Empire : Total War. Ainsi, le gameplay est dans l'ensemble plus lisible et plus agréables, mais on peut lui faire les mêmes griefs qu'auparavant : Les batailles se ressemblent beaucoup les unes aux autres, et les terrains très beaux et réellement en trois dimensions n'en sont pas moins simplistes en termes fonctionnels : hormis les maisons qu'il est possible d'occuper et la végétation qui peut dissimuler des troupes, le terrain n'a que trop rarement de l'importance, ce qui rend les différences entre cartes surtout esthétiques. Cependant, on admirera l'inclusion d'effets météo : combattre sous la pluie affecte par exemple l'efficacité des armes à feu
Il y a bien une qualité que l'on peut prêter à Napoleon : Total War, c'est qu'il fonctionne à merveille pour retranscrire l'image des affrontements de l'époque. Alors certes, il est impossible de disposer de dizaines ou centaines de milliers d'unités, mais les immenses batailles entre plusieurs milliers de combattants sont d'une ampleur inégalée dans le genre et permettent d'avoir un aperçu visuel de ce que pouvait être la nature de la guerre au début du XIXème siècle. Cependant, on regrettera que l'intelligence artificielle adverse soit toujours peu maligne lors des batailles, et que nos troupes n'aient que peu de réactions automatisées. Vos canons peuvent ainsi régulièrement massacrer vos unités si vous les faites passer par inadvertance dans leur axe de tir, et ni le régiment touché, ni les canonniers ne broncheront s'ils y a des morts par erreur.
Dans l'ensemble, le gameplay est une version raffinée, améliorée et à peine enrichie de ce que proposait Empire : Total War, dont ce jeu sur Napoléon est une expansion spirituelle : On regrette que le titre original ne puisse profiter de telles améliorations, mais les joueurs souhaitant recommencer l'expérience avec des campagnes différentes ou qui auraient manqué le prédécesseur trouveront ici un réel intérêt. Il s'agit malgré tout d'un Total War : les joueurs appréciant la série y trouveront leur compte tandis qu'il n'y aura pas de conversion pour ceux qui y sont allergiques. Mais les amateurs de RTS qui voudraient y goûter trouveront probablement là le meilleur opus pour le faire : non seulement c'est le jeu le plus abouti, mais en plus les dix batailles de Napoléon pourront les occuper dans le cas où ils n'adhéreraient pas au gameplay au tour par tour plus stratégique des grandes campagnes.
Quand le multijoueur prend des forces
En plus de la pluralité des options en solo, le titre profite de nouvelles options en multijoueur : Non seulement les batailles individuelles sur internet ou en LAN sont toujours possibles, mais les campagnes prennent aussi une nouvelle dimension : Il est maintenant possible de faire venir un ami en cours de partie pour lui faire contrôler l'armée d'une nation de l'ordinateur que l'on combat. Ainsi, les amateurs de multijoueur et de difficulté relevée pourront concilier gameplay au tour par tour contre l'intelligence artificielle, et batailles en temps réel contre d'autres humains, ce qui est susceptible de rehausser l'intérêt des affrontements durant les campagnes. La fonction la plus importante reste cependant la campagne multijoueur : il est ainsi possible à deux humains de s'affronter dans la grande campagne en Europe. Mais il s'agit là de parties très longues qu'il est préférable de planifier à l'avance avec des amis étant donné qu'elles peuvent durer de nombreuses heures. C'est la réelle nouveauté de la série avec cet opus, et on espère qu'elle sera généralisée aux futurs épisodes.
La technique a fait de nombreux progrès
On ne présente plus les graphismes somptueux (pour un jeu de stratégie) de ce Napoleon : Total War qui parvient à s'imposer comme légèrement plus beau que son prédécesseur qui faisait déjà figure de référence parmi les jeux de stratégie. Mais la plus grande amélioration est le degré de finition technique : finis les bugs, crashs et temps de chargement parfois rédhibitoires du prédécesseur : ce jeu est sorti dans un état de finition impeccable : les chargements sont plus rapides, la réactivité des troupes aux ordres est meilleure et l'optimisation se paye même le luxe d'avoir fait des progrès considérables. Les inquiétudes qu'on pouvait avoir sur l'instabilité du moteur de jeu sont ainsi balayées après avoir mis le jeu à l'épreuve. Le seul souci peut se trouver du coté du netcode pas toujours des plus performants.
Coté audio, on apprécie des bruitages corrects mais des exclamations des unités un peu trop répétitives, et bien que la musique contribue à donner une ambiance très XIXème siècle, là encore, on aurait apprécié ne pas entendre en boucle un nombre assez limité de compositions.

Après un Empire : Total War introduisant une toute nouvelle période historique dans la série, cette expérience à mi-chemin entre l'expansion et le nouveau jeu peut sembler conservatrice. Mais ce que propose Napoléon : Total War est essentiellement une version aboutie et parfaitement finie du produit sorti par The Creative Assembly l'année dernière. En combattant en Italie les autrichiens, puis en faisant la guerre au pied des pyramides avant de conquérir l'Europe, on fait l'expérience de trois vastes campagnes à la saveur différente ; et les amateurs de stratégie en temps réel apprécieront de pouvoir mettre leurs capacités à l'épreuve dans les grandes batailles napoléoniennes. L'introduction de campagnes multijoueur et la possibilité de remplacer l'IA par un ami sont une addition non-négligeable à la franchise que l'on espère revoir et qui enrichit sensiblement la portée du titre. Malgré la présence d'erreurs historiques et de quelques faiblesses dans le gameplay liées à la série, celle-ci est certainement la plus adaptée pour retranscrire les affrontements de l'époque et on ne se lasse pas de faire combattre des milliers de soldats à l'écran. Napoléon : Total War se révèle ainsi être un très bon jeu qui satisfera surtout les amateurs de stratégie et se pose comme une nouvelle référence au sein de sa franchise.
Les plus
+ Jeu techniquement bien fini+ Les batailles de Napoléon
+ Trois campagnes bien différentes
+ Encore des batailles épiques
+ Les options multijoueur
+ La durée de vie excellente pour une expansion
+ Une meilleure interface
+ Gameplay plus plaisant et lisible
Les moins
- La fidélité historique parfois approximative- Une intelligence artificielle inégale
- Peu de vraies nouveautés
- Pas de grande campagne sur plusieurs continents
Détails
- Nom
- Napoleon : Total War
- Support
- PC
- Genre
- RTS
- Editeur
- Sega
- Développeur
- The Creative Assembly
- Sortie
- 23 février 2010 (US)
- Recommandation PEGI
- Joueurs de 12 ans et plus


















Actus