PC Empire : Total War


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Test de Empire : Total War

Test du Dimanche 20 décembre 2009 par Artheval_Pe

Débutée en juin 2000 avec la sortie de Shogun : Total War, la série historique de The Creative Assembly a traversé les âges pour offrir de nouvelles expérience de gameplay au fil des époques, de la Rome antique à l'Europe médiévale jusqu'au Japon du XVème siècle. Sans imposer de nouveaux standards, les Total War ont créé leur propre genre à part, mêlant de manière habile stratégie au tour par tour et batailles massives en temps réel. Sorti le 4 mars 2009, Empire : Total War fait le pari de porter les traits particuliers de la franchise dans un jeu de stratégie se déroulant durant le XVIIIème siècle. Présenté comme un des opus les plus ambitieux de la série à ce jour, supporte-t-il bien les changements inhérents à la période historique ?

Le nouveau monde, source de conflits

De manière prévisible, Empire : Total War n'est pas un jeu particulièrement narratif qui serait dirigé par une intrigue spécifique. Il donne un aperçu narré de la conquête du nouveau monde puis de la guerre d'indépendance dans sa mini-campagne américaine mais se contente de l'Histoire avec un grand H pour fournir le contexte à sa grande campagne s'étendant aux quatre coins du monde, ce qui, autant que le concept particulier, limite les possibilités narratives : La mini-campagne se déroulant en Amérique du Nord est narrée par quelques cinématiques entre les chapitres et se retrouve scénarisée durant certaines batailles bien précises, mais c'est bien tout ce qu'on peut trouver dans ce titre qui n'a clairement pas été pensé pour son histoire mais pour sa richesse stratégique.

Cela offre d'autant plus de libertés dans la grande campagne permettant de jouer une des nations européennes et de partir à la conquête de plusieurs continents, mais les amateurs de jeux de stratégie scénarisés dans lesquels les missions ont systématiquement un level design unique ne trouveront pas cela ici, pas plus que dans les autres titres de la série.

Stratégie au tour par tour

A l'instar de ces prédécesseurs, Empire : Total War mélange stratégie au tour par tour et batailles en temps réel. S'inspirant plus que de coutume des jeux 4X tels que la série des Civilization, il offre un concept hybride. Les déplacements des armées, la gestion de l'empire, des ressources, de la diplomatie et du commerce sont réalisées sur une carte schématique des continents concernés où les déplacements et actions se jouent au tour par tour. Les batailles sur terre ou sur mer peuvent, elles, être résolues automatiquement, auquel cas le hasard et les statistiques décident de l'issue, ou bien combattues en temps réel sur des cartes ad hoc.

Durant la campagne, le joueur contrôle des armées, un territoire et des villes. Ces dernières peuvent produire des forces armées, doivent être protégées et peuvent se voir enrichies par des bâtiments supplémentaires aux fonctions spécifiques, permettant par exemple de construire plus d'unités simultanément, de faire des recherches ou de maintenir l'ordre public. Les cartes sont divisées en régions dont on prend le contrôle en capturant le chef-lieu. Posséder une région permet de disposer de certaines villes secondaires et d'exploitations dans lesquelles le joueur peut choisir de construire fermes, puits de pétrole, ou même universités, selon le lieu concerné.

Chaque région produit des richesses via les infrastructures qui se trouvent dessus, et que le gouvernement récolte via l'impôt. Celui-ci est réglé globalement pour tout le territoire, mais certaines provinces peuvent en être exonérées, car une pression fiscale trop importante peut créer des problèmes d'ordre public, d'autant plus importants si le territoire n'est contrôlé par le joueur que depuis peu de temps. La présence de troupes dans les villes a son importance, mais les taux de taxation, les infrastructures disponibles ou le pouvoir du gouvernement sont autant de facteurs qui affectent les éventuelles velléités de révolte de la population. L'importance de cette opinion publique donne à la gestion de la pression fiscale une réelle dimension stratégique et des nuances bienvenues, et ce n'est qu'un exemple parmi de nombreux aspects de cette gestion au tour par tour.

De plus, il est nécessaire de faire des recherches technologiques dépendantes du peuple concerné, qui sont choisies dans les universités et accomplies en un certain nombre de tours. Certains des Gentlemen générés automatiquement sont ainsi spécialisés dans la recherche. Mais les personnages uniques ne se limitent pas à cette tâche et certains sont capables de commettre des assassinats ou encore saboter des villes tandis que des missionnaires peuvent évangéliser des populations pour éliminer leurs velléités de révolte et qu'un général est essentiel pour maintenir le moral d'une armée durant les combats.

Globalement, le jeu dispose ainsi d'une conception hybride, avec un mode au tour par tour particulièrement riche en options et en possibilités et des batailles de grande envergure où l'art opérationnel peut être pleinement mis à profit pour remporter la victoire. Surtout, avec sa campagne américaine servant de tutoriel, au côtés de la classique mais très riche Grande Campagne, il permet à tout le monde d'aborder la série et ses mécaniques complexes en douceur tout en offrant une expérience à la hauteur des attentes des plus fervents amateurs de la franchise.

Un gameplay qui peine à faire les bons compromis

Il n'y a aucun mystère sur le fait que les batailles massives caractéristiques des Total War sont certainement les plus représentatives et les mieux adaptées pour retranscrire la période historique concernée. Et Empire : Total War est certainement le jeu traitant le mieux cette période, Age of Empires III ayant notamment fini par s'enfermer dans des conventions datées.

Ainsi, les combats massifs utilisant à la fois artillerie, cavalerie et infanterie n'ont rien à voir avec ce qui peut se trouver dans les autres jeux de stratégie. L'utilisation des armes à feu dans ces batailles du XVIIIIème siècle introduit une toute nouvelle manière de manœuvrer ses unités et un gameplay unique dans un RTS. Mais ce coté original se paye malheureusement cher : Avec un combat au corps à corps limité, et adoptant un traitement assez réaliste des batailles, le jeu manque de dynamisme dans les segments en temps réel où les déplacements peuvent être longs et les combats trop statiques. Ajoutez à cela le fait que les unités sont peu réactives et ont tendance à se déployer, se déplacer ou se mettre en position de tir de manière assez lente, et vous obtenez un gameplay qui manque de fluidité et qui ne semble pas assez justement calibré. Le bouton d'avance rapide se révèle parfois très utile mais il est alors nécessaire de revenir par moments en vitesse réelle pour réagir aux mouvements de l'ennemi. La manœuvre et le placement sont d'ailleurs les maîtres mots de l'art opérationnel dans ce jeu où la micro-gestion n'est que très limitée durant les phases en temps réel.

La gestion du moral des troupes s'est vue accorder une grande importance, les batailles étant principalement construites autour de ce principe, mais en pratique, l'influence du système reste assez marginale. En effet, ce qui est mauvais pour le moral des troupes est aussi souvent peu rentable tactiquement, et il est généralement bien plus intéressant de massacrer les ennemis jusqu'aux derniers plutôt que de les laisser fuir. Ainsi, le moral n'est pas réellement une variable supplémentaire à prendre en compte et hormis lorsqu'il s'agit d'utiliser un général pour rallier des unités en fuite, on peut très bien oublier ce système. Les cartes sont relativement nombreuses mais ont tendance à beaucoup se ressembler, ce qui n'arrange rien. Dans un premier temps, on admire la diversité visuelle, mais le joueur remarque vite le fait que seule la présence d'un fort ou d'une ville fait varier l'aspect fonctionnel des environnements qui restent assez lisses et présentent peu d'obstacles dont la présence aient un réel impact tactique. La présence de végétation ou d'obstacles pour se mettre à couvert est prise en compte, mais leur influence est négligeable comparée à la différence du nombre de soldats présents.

Heureusement, les développeurs ont ajouté le combat naval qui offre une expérience totalement nouvelle et certainement la forme la plus réaliste et avancée d'affrontements entre navires de l'époque. Du type de projectiles en passant par le déclenchement précis des bordées, tout est contrôlable par le joueur qui peut également lancer des abordages sur les navires ennemis suffisamment affaiblis et contrôler précisement la trajectoire de ses bâtiments. Malgré le fait que les phases d'approches soient relativement lentes de par la fidélité historique, la guerre sur mer devient particulièrement intense lorsque les navires cerclent les uns autour des autres, et l'on en vient très rapidement à se prendre pour l'Amiral Nelson. La micro-gestion prend alors de l'importance dans ce mode au gameplay très particulier qui réclame l'utilisation de tactiques communes à aucun autre jeu.

Enfin, la richesse conceptuelle de la partie du jeu au tour par tour est réellement bénéfique pour l'interaction. Il convient d'équilibrer intelligemment les impôts pour éviter les révoltes tout en recrutant des armées suffisamment fortes pendant que les scientifiques sont affectés à la recherche de nouvelles technologies et tandis que l'ennemi essaye de faire mieux et d'envahir le territoire du joueur. L'utilisation des agents peut souvent faire la différence, et une gestion habile des relations diplomatiques avec les voisins et les puissances concurrentes est essentielle pour arriver un jour à les dominer. Les vétérans des jeux 4X ne seront pas perdus, mais ce Total War ne trahit pas son nom : Contrairement à un Civilization, ici, toute la gestion est tournée vers la guerre et la conquête. Le progrès technique, le développement des infrastructures et du commerce ne sont pas réellement illustrés ou valorisés et servent uniquement à soutenir l'effort guerrier.

Un mode multijoueur bienvenu mais limité

Empire : Total War inclut des options pour jouer en ligne à plusieurs mais les parties se limitent à des batailles au sol ou sur mer. Même si chacun des deux modes de jeux conserve sa richesse et ses traits particuliers, quelques inconvénients mineurs apparaissent : L'impossibilité d'utiliser l'avance rapide rend le rythme des combats parfois réellement rédhibitoire particulièrement lors des face à face de l'infanterie. En outre, pour des soucis d'équilibrage, les cartes sont plus pauvres et uniformes que dans la campagne ce qui rend l'utilisation du terrain moins intéressante encore. Le combat naval ne garde lui que ses qualités ce qui ne le rend que meilleur.

Malgré le fait qu'il pourra être apprécié pour son originalité, ce mode multijoueur fait pâle figure face aux ténors du genre ou même par rapport à d'autres titres récents. Il représente une addition appréciable à un jeu déjà très complexe et long en solo, et sera apprécié par certains des fans de la série, mais ce n'est pas une composante majeure de ce titre.

Quand la technique ne suit pas

Un des problèmes les plus évidents qui se remarque le plus rapidement avec ce titre, c'est son instabilité. On ignore quelle est la cause de ses soucis, mais plus de six mois après sa sortie et malgré les nombreux patchs qu'il s'est vu appliquer, le jeu connait toujours des problèmes d'instabilité, d'incompatibilité avec les nouveaux pilotes graphiques, et la liste continue : Durant le test, rien de bien grave ou de nature à empêcher la progression s'est manifesté, et le système de sauvegardes automatiques s'est révélé bien utile, mais il a fallu une fois revenir à d'anciens pilotes graphiques, et les crashs inexpliqués ou problèmes graphiques se sont souvent fait remarquer.

C'est dommage car graphiquement, Empire : Total War est un des jeux de stratégie les plus impressionnants de ces dernières années. Sans user de pléthore d'effets pyrotechniques, il parvient à retranscrire l'ampleur et la violence des batailles en affichant à l'écran des milliers de soldats pouvant combattre simultanément en étant animés de manière crédible. Les décors naturels n'ont rien de particulier, mais ils sont très vastes, affichent un niveau de détails très important de près et sont construits entièrement en trois dimensions ce qui est suffisamment rare dans le genre pour être noté. Les effets sont de même particulièrement convaincants tandis que l'intelligence artificielle animant les régiments et équipages leur procure des comportements réalistes, faisant des batailles de véritables fresques épiques crédibles, transportant le joueur à travers l'histoire.

Sur le plan sonore, on note des bruitages bien réalisés, et des voix agréables qui se limitent cependant aux conseils donnés par les jeux et aux réponses des unités sélectionnées. La musique se distingue comme particulièrement bien choisie et adaptée au contexte historique, même si plus de morceaux différents auraient été les bienvenus.

8

Digne successeur d'une franchise qui s'est imposée comme une référence avec sa conception particulière et ses combats à très grande échelle, Empire : Total War perpétue la tradition en offrant des batailles fidèles à la période historique retranscrite et une campagne de très grande ampleur dont la complexité et la richesse des possibilités ne sont égalées que par des références de la stratégie au tour par tour. Ses bugs persistants et son instabilité ternissent malheureusement une réalisation remarquable au service d'un gameplay tirant pleinement parti des possibilités offertes par l'art de la guerre de l'époque. Le manque de dynamisme de certaines batailles apparaît comme une concession à la fidélité historique, et on peut regretter l'absence de réel scénario ou de campagne dirigée, mais les Total War n'ont jamais été sur ce créneau. Avec ce titre, les joueurs trouveront des campagnes au tour par tour complexes capables de les occuper pendant des dizaines d'heures, et des batailles au gameplay original. Il ne révolutionne pas le genre, mais malgré ses quelques défauts et compromis, Empire : Total War est un très bon jeu de stratégie qui satisfera aussi bien les inconditionnels de la série que ceux qui l'abordent pour la première fois.

Les plus

+ Le combat naval
+ La microgestion au tour par tour
+ Les batailles dantesques
+ Un gameplay en temps réel unique
+ Graphismes impressionnants
+ Durée de vie

Les moins

- Des bugs persistants
- Le rythme des affrontements
- Batailles répétitives
- Combats parfois statiques

Détails

-
Nom
Empire : Total War
Empire Total War
Support
PC
Genre
RTS
Editeur
Sega
Développeur
The Creative Assembly
Sortie
04 mars 2009
03 mars 2009 (US)
Recommandation PEGI
Joueurs de ans et plus

100 000 bornes d'arcade Pac-Man ont été vendues dès la première année de lancement du jeu.