Crysis
Test du Dimanche 13 septembre 2009 par Artheval_Pe
Après avoir créé le très beau Far Cry en 2004, le studio allemand Crytek a perdu les droits relatifs au nom à l’éditeur Ubisoft. Qu’à cela ne tienne, les développeurs ne se sont pas démontés et se sont mis au travail sur un successeur spirituel qui tirerait partie des points forts du studio. Plus de trois ans après, les voilà qui sortent Crysis dont l’histoire n’a plus rien à voir avec Far Cry, mais qui convoite à nouveau le titre de plus beau jeu de son temps. Renvoyant le joueur sur des îles paradisiaques du Pacifique, il va à nouveau lui faire traverser un enfer. Mais celui-ci est-il brillamment réalisé ou renoue-t-il avec les démons du passé ? Est-ce une simple démo technique ou un jeu à part entière ?
Mission : Localiser et évacuer
Exit Jack Carver, sa chemise hawaïenne et ses répliques cinglantes, le joueur rentre dans la nano-combinaison d’un membre des forces spéciales en activité, répondant au surnom de Nomad. En tant que soldat de l’équipe Raptor, il est parachuté avec ses collègues sur les îles Lingshen avec pour mission de retrouver une équipe d’archéologues pris au piège lorsque l’armée Nord-Coréenne a pris le contrôle de la zone. S’ensuivent de nombreuses péripéties et divers rebondissements qui ne seront pas détaillés ici pour éviter de gâcher la surprise aux quelques joueurs n’ayant pas encore teste le jeu.
L’histoire de Crysis correspond à celle d’un bon blockbuster américain de l’été, et emprunte des idées et la structure de films assez connus. On y retrouve des influences de Predator et de divers films de guerre et de science-fiction américains. Le résultat est une intrigue propre, mais qui donne une impression de déjà -vu et ne surprend jamais vraiment. Au delà de ça, le jeu inclut nombre de clichés un peu gênants communs aux films des genres pré-cités. Entre l’amiral borné, les soldats d’élite un peu primaires et les Nord-Coréens dans le rôle des parfaits méchants à l’accent menaçant, les amateurs de subtilité risquent de soupirer bien souvent. Et les joueurs ayant un minimum de connaissances en géopolitique ne pourront s’empêcher de noter l’invraisemblance de nombreux aspects du scénario.
Mais lorsqu’il s’agit seulement de faire avancer le joueur, l’histoire remplit bien sa fonction, en allant toujours de pair avec le gameplay et en fournissant la motivation nécessaire pour avancer. De plus, elle est plutôt bien structurée et laissera une forte impression à la fin, de par son caractère épique grandissant au fil de l’aventure. L’intensité dramatique est là quand il faut et progresse de manière régulière, ce qui donne une cohérence narrative intéressante. A l'image d'un film du genre à gros budget, on est impressionné et secoué à la fin, mais l'histoire n'est ni enrichissante ni spécialement intelligente.
La narration, quand à elle, passe par les messages radio de coéquipiers et de supérieurs, quelques cinématiques à la première personne et des dialogues directs avec les personnages à certains endroits. Elle n’a rien de révolutionnaire ni de très fin mais reste efficace, bien pensée et garde le joueur immergé dans l'histoire.
Détruisez ces défenses AA !
Si le concept de Crysis devait être comparé à celui d’un autre jeu, l’exemple à prendre serait ici Halo. Tout comme la franchise phrase de Bungie, le titre de Crytek donne au joueur le contrôle d’un super-soldat qui se distinguera au fil de l'aventure comme un héros. Ici, il s’agit d’un membre d’une unité de forces spéciales qui profite des améliorations d’une nano-combinaison. Utilisant les technologies de l'infiniment petit, celle-ci propose un camouflage optique et est capable de soigner son porteur, de le protéger des balles, mais aussi d’augmenter sa force et de lui permettre d’aller plus vite. Attaque de bases avancées nord-coréennes, conduite d’un char d’assaut, désignation de cibles, pilotage de V-TOL, destruction de défenses anti-aériennes... Nomad se voit affecter nombre de missions difficiles et combat généralement seul, à l’instar du Spartan bien connu.
Mais la comparaison s’arrête là . En effet, Crysis se caractérise par une conception de FPS linéaire ouvert. A l’instar d’un Half-Life, il conduit le joueur à travers une série d’évènements et de lieux selon une succession prédéterminée, mais la taille des cartes donne au jeu un tout autre intérêt. Les objectifs se trouvent généralement sur des cartes immenses pouvant être parcourues à loisir. Si certaines contraignent à progresser toujours selon le même chemin, tout en donnant une liberté énorme dans la manière d’attaquer, d’autres sont bel et bien ouvertes et le joueur pourra les parcourir dans plusieurs sens avant de se décider à remplir ses objectifs. Des phases plus fermées à la manière de FPS en couloirs sont imposées de temps en temps, mais l’essentiel de l’expérience consiste à évoluer dans de vastes environnements, dont les limites sont toujours naturelles ce qui renforce l'immersion.
Cette conception ouverte se paye néanmoins en termes de mise en scène. Celle-ci est inégale à travers le jeu, entre des passages où l’enfer peut se déchainer autour du joueur avec de nombreux évènements scriptés, et d’autres où à l’exception des actions de Nomad, rien ne se passe. C’est toujours cohérent avec l’histoire, mais il arrive parfois d’avoir l’impression que tout l’univers attend que le joueur ait accompli sa tache pour se remettre en marche. Le jeu aurait ainsi pu bénéficier à certains endroits d’un peu plus d’action visible au loin.
Le support aérien est en attente
Crysis est essentiellement un FPS et s’en contente. Pas d’éléments de RPG, de jeux d’aventure inclus ici, le gameplay consiste à descendre des ennemis généralement avec des armes à feu. La bonne nouvelle, c’est que cet aspect est très bien maîtrisé et inclut une intéressante profondeur tactique.
Les fonctions de la combinaison permettent en effet des approches très différentes à chaque combat. Infiltration avec le camouflage optique, fuite via le mode vitesse ou corps à corps occasionnel en réglant la combinaison sur force, les possibilités sont multiples et permettent de pimenter les combats et de jouer avec l’IA des ennemis. Le choix des armes et de la difficulté conditionnent plus encore l'expérience : On pourra choisir de foncer dans le tas au fusil à pompe pour une expérience très intense par défaut, ou d'opter pour un combat réaliste et beaucoup plus tactique dans le mode de difficulté le plus exigeant qui obligera à faire très souvent usage de l'infiltration.
Les armes à feu donnent de bonnes sensations : Les bruitages sont plutôt bons sans être remarquables, le recul lors des tirs se ressent et les effets de particules rendent les impacts toujours visibles. Cependant, certains des raffinements dans ce domaine présents dans un Call of Duty 4 ne sont pas intégrés ici : Les ennemis ne bronchent pas lorsqu’ils sont touchés et leur corps ne subit l’impact des tirs que lorsqu’ils meurent. De manière générale, les armes semblent ainsi parfois un peu faiblardes, la faute à des soldats portant des gilets pare-balles très efficaces et à des effets de sang réduits au strict minimum. En ce qui concerne le contrôle du personnage, toute la panoplie de commandes possibles connues sur PC est au rendez-vous : position allongée, lean, différents modes de tirs pour chaque arme, etc... Même si elle n’est en aucun cas réaliste, on appréciera en outre l’agressivité des ennemis qui garantit des fusillades toujours très animées. L'IA se débrouille plutôt bien et se révèle généralement très efficace, même si on ne note jamais de comportement particulièrement malin.
L’arsenal offre une variété convenable pour un jeu solo : Chaque type d’arme est présent en au moins une version, et des engins hors du commun tels qu’un minigun portable sont de la partie. Mais ce sont surtout les possibilités de modifications qui sont intéressantes. Des lunettes de visée, lampes, lasers ou lance-grenades peuvent être montés au fil du jeu sur les armes pouvant les accueillir. Le système n’est pas inédit mais très bien implanté et s’avère vraiment appréciable, permettant à chacun de jouer de la manière qu’il lui convient. Par exemple, les ironsights sont utilisables, mais un joueur ne les appréciant pas pourra très bien viser via un pointeur laser pendant la plus grande part du jeu.
L'interaction ne se limite pas à du combat d’infanterie. En effet, le joueur se voit plusieurs fois propulsé aux commandes de divers véhicules armés, notamment un tank dans la plus grande bataille de char d’assauts jamais vue dans une campagne solo. En outre, un des niveaux se concentre sur l’exploration et relève plus de l’expérience visuelle que d’une simulation d’affrontement.
On peut reprocher la fin du jeu bien plus conventionnelle, mais à l'exception d'un chapitre vraiment passable, et de quelques passages trop dirigistes, elle est comparable au type d'expérience qu'on peut retrouver dans un Call of Duty, et la mise en scène n'a pas grand-chose à envier à la franchise d'Infinity Ward. Certains apprécieront l'expérience, d'autres regretteront les passages plus ouverts, mais le tout reste très bien mené et amusant.
Globalement, le gameplay de Crysis oscille entre l’excellent et le classique parfois maladroit. La majorité du jeu s’appuie sur les qualités du concept et parvient à s’imposer comme une des meilleures expériences de FPS militaire (simulations exceptées), tandis que certains passages se révèlent parfois peu intéressants et répétitifs, mais ils sont très loin de la médiocrité des niveaux à Trigens dans Far Cry, et sont regroupés vers la fin. Du reste, les fonctions de la combinaison, les cartes ouvertes et l’arsenal garantissent une expérience intéressante, différente à chaque passage et pouvant beaucoup varier suivant les tactiques et armes utilisées. Si ce n’était quelques détails dans le gunplay de base et les passages fautifs, le gameplay du jeu serait presque irréprochable dans son genre.
Je suis un Marine, je marcherais sur l’eau s’il le fallait !
La physique a un impact considérable sur le gameplay lui-même, car elle est omniprésente : Des maisons côtières aux palmiers en passant par les barricades nord-coréennes : quasiment tout ce qui se trouve dans l’environnement est destructible et peut être déplacé, et cela inclut la végétation. Les arbres au tronc épais sont malheureusement fixes et il en va de même pour certaines constructions, mais tout le reste peut être détruit ou écrasé. Les buissons et branches d’arbres sont secouées par les tirs, les lampes touchées cessent de fonctionner, le tronc des palmiers peut être sectionné : La plupart des choses pouvant être endommagées par des tirs dans la réalité peuvent l’être dans Crysis. De plus, il est possible d’attraper à peu près n’importe quel objet et de le lancer, ce qui en mode force peut être assez intéressant pour détruire des barricades ou tuer des ennemis et révèle le soin apporté à l'interaction. L’environnement dans Crysis n’est pas fixe et les limites de la physique intégrée sont bien moins visibles que dans la plupart des titres du genre, ce qui a une influence bénéfique sur le gameplay et l’immersion.
Précisons que tout ceci est ici géré par le processeur et relativement bien optimisé : Pas de PhysX au programme, donc il n’est nullement nécessaire de posséder une carte Nvidia récente ou une bête de course en guise de CPU, même si les anciens modèles à simple-cœur ont tendance à causer des ralentissements lorsque le joueur sollicite beaucoup le moteur physique.
Graphiquement, deux ans après sa sortie, Crysis reste inébranlable sur le trône du plus beau FPS existant. Techniquement, un jeu comme S.T.A.L.K.E.R. : Clear Sky inclut des fonctions plus avancées, mais le rendu global est loin d'atteindre le même niveau. Mêlant techniques novatrices et travail artistique de haut niveau, le jeu offre des visuels incomparables sur tous les plans. Le seul reproche qui pourrait être fait est son rendu parfois un peu plastique. En de rares occasions, il est aussi possible de trouver dans un coin d'une carte une texture peu détaillée, mais vu la taille des environnements, cela fait partie des erreurs inévitables. Mais du rendu magnifique de l'eau jusqu'à la gestion incomparable des ombres ambiantes, en passant par les animations très convaincantes, l'expérience est un plaisir pour les yeux de tout amateur de jeux vidéo.
Cependant, cela a un prix : L'optimisation est assez chaotique. Malgré le fait que le streaming des cartes fonctionne à merveille, le moteur de rendu très complexe reste extrêmement exigeant dans les réglages les plus élevés. Un ordinateur datant de 2007 parviendra sans problème à obtenir des visuels déjà très beaux avec des options moyennes, mais pour voir ce que le jeu a de meilleur à offrir, une très grosse configuration actuelle est de rigueur et peut même être amenée à souffrir. Malgré tout, même dans les réglages moins gourmands, Crysis reste beau et extrêmement détaillé.
Peu de bugs sont à signaler, en particulier par rapport à certaines productions récentes assez chargées dans ce domaine. Il faut cependant prendre garde à jouer en ayant installé les deux patchs ou aucun : Le premier d'entre eux créée un problème avec les sauvegardes. Quelques erreurs graphiques peuvent être observées entre les parties commencées sous différentes versions du jeu, mais à l'exception de ces quelques ennuis, le jeu est particulièrement bien fini et comporte très peu de bugs directement visibles.

Crysis fait partie de ces jeux dont la technique exemplaire sert le gameplay et fait progresser le genre. Au-delà de sa beauté appréciable mais qui ne change pas son caractère ludique, c'est surtout grâce à ses environnements ouverts et à sa physique de qualité qu'il se distingue. Offrant des terrains de jeu vastes, détaillés et conçus avec soin, il permet aux amateurs de FPS de se construire une expérience unique grâce aux possibilités liées à la taille et à la richesse des cartes, ainsi que par la profondeur du gameplay. De l'assaut frontal à l'infiltration discrète en passant par le tir de précision, les joueurs peuvent affronter les épreuves à leur guise à l'aide des multiples options offertes par la nano-combinaison et l'arsenal bien pensé. Parfaite synthèse entre jeu bac à sable et shooter linéaire durant la majeure partie du temps, le titre devient plus contraignant sur la fin. On peut là lui reprocher quelques séquences peu inspirées, mais il parvient alors à se distinguer par une mise en scène de grande qualité. Si son histoire sans originalité et pleine de clichés pose problème, le rythme bien maîtrisé et la narration soignée viennent compenser ces défauts. Allant au-delà de la démonstration technique, Crysis parvient à s'affirmer comme un FPS de référence offrant un niveau d'interactivité rarement égalé au service d'une expérience variée et intense.
Les plus
+Les graphismes magnifiques+Fonctions de la nano-suit
+Histoire prenante
+Environnements immenses
+Une physique bien implantée
+Un level design de qualité
+La bataille de tanks
+Customisation des armes
Les moins
-Quelques niveaux pas intéressants-Impact des armes sur les ennemis
-Histoire pleine de mauvais clichés
-Optimisation pas toujours bonne
Détails
- Nom
- Crysis
- Support
- PC
- Genre
- FPS
- Editeur
- Electronic Arts
- Développeur
- Crytek Studios
- Sortie
- 16 novembre 2007
- 16 novembre 2007 (US)
- Recommandation PEGI
- Joueurs de 18 ans et plus






















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