PC Borderlands


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Test de Borderlands

Test du Jeudi 12 novembre 2009 par Artheval_Pe

Studio ayant commencé dans les jupes de Valve en réalisant des portages sur consoles et des expansions à Half-Life pour le compte de la firme de Bellevue, Gearbox Software ne s'est jamais particulièrement distingué pour son originalité ou son indépendance. La principale franchise du studio, Brother in Arms a beau être basée sur un gameplay inhabituel tout en s'appuyant sur une période bien connue dans les jeux vidéo, sa qualité est souvent sujette à controverse. Arrive août 2007 et la première annonce de l'existence de Borderlands. Prévu sur Unreal Engine 3, le jeu semble être un FPS tout ce qu'il y a de plus commun, jusqu'à ce que début 2009, le studio annonce un changement complet de style graphique destiné à lui donner une apparence de bande dessinée. Dans la foulée est introduit le fait qu'il s'agit d'un FPS-RPG, mêlant combat à la première personne, et ramassage de loot à la Diablo. Avec une promotion assurée par des vidéos de gameplay issues des versions console, l'itération destinée au PC semblait mal partie. Mais depuis le 30 octobre, le titre est disponible sur ordinateurs et a pu être passé au crible. Alors, est-il aussi mou et superficiel qu'on pouvait le craindre ? Ou signe-t-il la première vraie réussite de Gearbox ?

L'abri est réel et il se trouve ici, sur Pandora !

Borderlands débute sur la planète Pandora (Pandore pour les francophones), gros morceau de roche inhospitalier et désertique peuplé par une faune exotique et hostile. Le joueur s'y trouve dans la peau d'un chasseur d'abri, à la recherche d'une mystérieuse grotte alien renfermant des technologies, des richesses et tout ce qu'il est possible de désirer. Guidé dès sa descente du bus par une mystérieuse femme apparaissant sous forme de transmission dans son champ de vision et nommée l'ange gardien, le joueur va se mettre en quête de l'abri et de ses richesses.

L'histoire du jeu est moins intéressante que son univers, dans le sens où il ne s'agit pas d'une intrigue complexe ou philosophique qui aurait un attrait substantiel. Elle sert essentiellement à conduire le joueur d'un endroit à l'autre et à l'amener peu à peu vers l'abri, mais elle n'est en rien mémorable. Pandora, en revanche est un environnement bien construit et plein de surprises. Entre personnages dingos, paysages étranges, constructions sentant bon le western et quêtes instructives, on ne s'ennuie jamais et l'univers garde toujours sa propre personnalité. Empruntant autant à Mad Max et Fallout qu'à la trop courte série Firefly, il propose un mélange unique et original qui semble en même temps familier.

En outre, pas de décisions morales, de dialogues à choix multiples ou de chemins divergents ici : Le jeu tient à proposer une expérience frénétique pouvant être recommencée plusieurs fois en coopération et réduit donc la narration au strict minimum. En l'état, cette décision apparaît comme judicieuse, aussi bien lors de parties solo qui laissent le temps de lire les descriptions, que coopératives où l'on pourra enchainer les quêtes à la volée.

On regrettera cependant quelques manques du coté des personnages et de l'audio. Les mêmes paroles reviennent trop souvent dans la bouche des figures principales et certaines missions auraient malgré tout mérité une description narrée oralement. Les ennemis lancent toujours les mêmes apostrophes haineuses ou de défis et les rares NPC neutres ressortiront toujours l'exacte même phrase si l'on tente de leur parler. Un peu plus de variété aurait donc été la bienvenue. Heureusement, les principaux personnages ont une expression, une voix et un accent suffisamment caractéristiques pour être marquants.

Une conception à cheval entre les genres

Pensé pour mélanger de manière cohérente la progression hack'n'slash d'un Diablo avec l'interface et le gameplay d'un FPS, Borderlands profite d'une conception adaptée à ses ambitions.

Pas de niveaux linéaires et scriptés ici, le monde est composé de grandes cartes reliées les unes entre les autres et qu'il devient possible de rejoindre à volonté à partir d'un certain point dans le jeu grâce à un système de transport rapide. Certaines servent de hubs et on y trouve magasins, personnages et distributeurs de quêtes, tandis que d'autres sont des donjons où l'on extermine des monstres et remplit des missions. Chacune a une personnalité visuelle et une organisation particulière même si certaines cartes proches partagent la même ambiance, tandis que les différentes grottes ne se distinguent que subtilement.

On notera que chaque endroit a été pensé pour être facilement parcouru par le joueur tout en intégrant certaines contraintes. Toutes les cartes comportent des stations permettant de faire apparaître un ou deux véhicules qui permettent de parcourir le monde rapidement. Les concepteurs n'ont pas souhaité rendre les aller-retours plus longs que nécessaires et permettent au joueur d'écraser avec son véhicule tous les ennemis rencontrés sur son passage au prix de moins d'expérience. Là où le joueur est sensé se battre lui-même à pied, les voitures ne peuvent pas s'y rendre, et leur lance-roquette ou mitrailleuse reste sagement dehors.

Le level design est ainsi de qualité en ce qui concerne les possibilités de déplacements, incluant des raccourcis bienvenus et permettant au joueur d'aller rapidement d'un endroit à l'autre sans jamais avoir le sentiment de perdre son temps en détours inutiles. En ce qui concerne les combats, en revanche, la conception des lieux se fait beaucoup plus fine lorsqu'il s'agit d'intérieurs et de villes que dans la plupart des niveaux extérieurs qui sont eux organisés de manière quasi-identique et un peu grossière.

Notons enfin la présence de machines de vente de munitions et de medkits en de nombreux points des cartes qui permettent de gagner de l'argent en se débarrassant de ses armes superflues tout en se procurant les moyens nécessaires au combat. On regrette cependant de ne pas pouvoir disposer d'un lieu fixe où déposer son équipement. Dans l'ensemble, le monde de Borderlands est pensé pour permettre au joueur de profiter pleinement du gameplay, et il réussit dans ce domaine. Malgré un level design parfois répétitif, il offre une variété suffisante et des moyens de transport adaptés.

Le jeu vidéo aux millions d'armes

Étant inspiré du genre du hack'n'slash, Borderlands se devait de fournir un gameplay aussi fun que ses sources d'inspiration, et il a pour cela fallu transposer le tout à la première personne. L'innovation du coté des FPS est la présence de points d'expérience acquis en terminant des quêtes et en tuant des ennemis. Cette expérience permet de monter en niveau et la progression augmente les dommages infligés, diminue ceux reçus tout en donnant accès à des compétences spécifiques à la classe et pouvant être améliorées au fil de la progression. En outre, l'efficacité de chaque type d'arme progresse au fil de son utilisation par le joueur. Les ennemis de tous types laissent derrière eux du loot (des objets à récupérer) qui va des munitions aux ampoules de soin en passant par des armes, générées aléatoirement en fonction de la puissance de l'ennemi abattu

Les armes donnent de bonnes sensations et leur impact se ressent clairement, d'autant que des effets de démembrements et liés à certains composés viennent égayer visuellement l'expérience. La vitesse et l'intensité sont au rendez-vous, avec des ennemis aux tactiques différentes obligeant à s'adapter constamment, même si ce n'est pas leur IA à la ramasse qui surprendra. L'absence du lean est à noter même si on ne regrettera pas réellement la fonction ici. Côté défensif, le joueur dispose d'une santé limitée et s'équipe de boucliers rechargeables rappelant le premier Halo, tandis que la compétence associée à sa classe lui permet de se distinguer de diverses manières en rompant le rythme des affrontements.

Globalement, la qualité du gameplay repose beaucoup sur l'attitude adoptée par le joueur au combat, son choix d'armes et sa manière de jouer en fonction de sa classe. Mais entre de bonnes mains, le jeu est particulièrement amusant, intense et rapide, et requiert principalement de choisir le bon moment pour tirer et se mettre à couvert. La difficulté n'est pas réglable mais peut être choisie en dominant les ennemis de plusieurs niveaux en faisant des quêtes secondaires.

Non content d'affronter des bandits, le joueur fera aussi face à des soldats mieux armés et à des animaux de la faune locale, allant de l'araignée exotique émergeant du sable aux oiseaux hostiles. Chaque type d'adversaire se rencontre en groupe et est souvent composé d'individus se complétant, certains chargeant de près tandis que d'autres attaquent à distance. Le tout donne une variété suffisante, mais une plus grande diversité, y compris visuelle, entre les différents groupes de bandits aurait cependant été la bienvenue, et on ne peut s'empêcher de penser que dans un monde pareil, les développeurs auraient pu se montrer plus audacieux. Heureusement, quelques boss viennent ponctuer la progression en posant un défi plus relevé.

Même si Gearbox prétend qu'il y a des millions d'armes, la diversité réelle se chiffre plutôt en centaines, beaucoup de variantes d'un même type d'arme étant générées dans le jeu, ce qui conduit à tomber souvent sur des fusils ou pistolets très communs. Heureusement, les effets explosifs, électriques, inflammables et de corrosion que peuvent produire certaines engins viennent ajouter un degré supplémentaire de diversité. Mais les concepteurs se sont montrés très sages et les armes ne sont pas aussi inventives que dans Unreal Tournament 3.

Les quatre classes permettent une approche différente du monde de Borderlands. Entre le très classique soldat, la sirène furtive mais meurtrière, le discret chasseur et le très bourrin Brick, on retrouvera des types de gameplay assez différents qui sont complémentaires en mode coopératif. Chaque classe est doté de ses propres compétences regroupées en trois branches et qui peuvent être, à un certain coût, réorganisées par le joueur en cours de partie. Elle sont centrées autour d'une capacité principale : création de tourelle pour Roland, passage hors-phase pour Lilith, lâché d'oiseau pour Mordecai et mode Berserk pour Brick.

On en refait quand du Borderlands ?

L'expérience solo du jeu dure environ 25 heures en réalisant toutes les quêtes secondaires, ce qui le place parmi les FPS les plus longs du marché. Pour quiconque aime récupérer du loot, et utiliser des armes de tous genres, elle est intéressante et permet d'avancer à son propre rythme et de gérer son équipement tranquillement, mais c'est le mode coopératif qui propose de loin l'expérience la plus jouissive.

A condition de former un groupe de joueurs dont les personnages sont d'un niveau proche, on y prend un malin plaisir à affronter à plusieurs les monstres de Pandora, dont la résistance varie en fonction du nombre de joueurs présents. La nature expédiée des quêtes prend ici tout son sens et permet de se concentrer sur l'expérience commune du combat. Le jeu ne force cependant en aucune manière la coopération, ce qui peut conduire certains à jouer comme s'ils étaient seuls. Hormis le fait de pouvoir ranimer ses coéquipiers à terre avant qu'ils ne meurent et respawnent, l'aide entre joueurs est minimale, mais c'est dans le combat à quatre fusils que se trouve le fun. Lorsque deux soldats et leurs mitrailleuses tirent sur des Badass enflammés et électrocutés par une sirène tandis que Brick fait des ravages à coups de poing sur les ennemis qui s'approchent, le jeu trouve toute sa dimension jouissive. Ajoutez à cela la possibilité d'affronter ses coéquipiers dans des arènes ou lors de duels inopinés, et vous trouvez une expérience qui assure de longues heures de divertissement. Le seul reproche à faire, cependant, est que contrairement au Versus de Left 4 Dead ou à un jeu multijoueur classique, Borderlands peut devenir trop répétitif après avoir été terminé plusieurs fois. Mais avant d'en arriver là, il faudra y avoir passé de très longues heures.

Des engrenages bien huilés mais complexes

Techniquement, Borderlands est presque irréprochable : N'ayant pas connu de crash durant le test, il ne comporte pas de bugs hormis de rares corps d'ennemis morts figés dans les airs. Contrairement à de nombreux jeux sur Unreal Engine 3, il n'est pas possible de se coincer dans le décor, sauf en voiture où c'est là assez fréquent et pénible, mais jamais problématique sachant que les garages ne sont pas si éloignés les uns des autres. Notons également que la prise en charge de la physique est réduite au strict minimum.

Sur PC, l'expérience coopérative est malheureusement trop peu accessible : Les possesseurs de routeurs devront eux-mêmes créer des reroutages de ports pour pouvoir héberger des parties, ce qui n'est pas une manipulation des plus simples sachant qu'elle n'est pas indiquée par le jeu. En outre, ne pas pouvoir parler avec ses amis en dehors d'une partie est assez ennuyeux sachant que la version vendue en magasins n'intègre pas les fonctions de chat de Steam, mais au contraire s'appuie sur Gamespy. On aurait au moins aimé pouvoir communiquer dans le lobby. En effet, il n'y a pas de serveurs dédiés pour jouer en coopération, les parties étant basées sur la sauvegarde de quelqu'un qui est donc forcément l'hôte.

Sur le plan graphique, enfin, le jeu est une réussite. Il n'affiche pas un niveau de détail fabuleux ni des effets impressionnants, mais son style artistique particulier et réussi lui donne une identité propre. Il parvient ainsi à se distinguer de la multitude de jeux sur Unreal Engine 3 à l'aspect identique qu'on trouve sur le marché. Ses cartes sont en outre parmi les plus grandes réalisées sur ce moteur. Cet aspect bande dessinée a aussi permis d'exagérer la forme des principaux personnages ce qui a été profitable pour les différencier visuellement.

8

Borderlands ne révolutionne pas les FPS-RPG mais parvient à créer en mélange original en s'inspirant des titres hack'n'slash. Il ne se distingue pas par une mise en scène travaillée, ni par des visuels réalistes, mais par une interaction qui mêle avec talent deux genres très différents. Bien fini techniquement, il profite d'une approche graphique qui lui donne une identité propre en accord avec le ton de son univers. Il ne faut pas y chercher une histoire passionnante ni des possibilités variées, mais un condensé d'action et de brutalité enrichi par les concepts tirés des jeux de rôle. A apprécier aussi bien en coopération en ligne qu'en solo, ce titre se distingue vraiment en jouant à plusieurs où les différentes classes révèlent tout leur intérêt. Même si l'on aurait apprécié un peu plus de variété et d'audace dans le contenu, on en retient un jeu de très bonne qualité susceptible de divertir longtemps grâce à sa longue campagne, son univers vaste et son gameplay intense et addictif.

Les plus

+ Les capacités des classes
+ Le nombre d'armes
+ Ton déjanté
+ Le style visuel
+ Durée de vie du solo
+ Le co'op

Les moins

- Un peu répétitif
- Le mode en ligne pas ergonomique
- histoire très peu développée
- Manque de diversité parmi les bandits

Détails

16+
Nom
Borderlands
Border Lands
Support
PC
Genre
FPS
Editeur
2K Games
Développeur
Gearbox Software
Sortie
30 octobre 2009
27 octobre 2009 (US)
Recommandation PEGI
Joueurs de 16 ans et plus

"En tant que phénomène culturel, le jeu va évoluer : des artistes, des réalisateurs de cinéma et des scénaristes créeront des choses vraiment artistiques. Il s'agira de jeux sérieux, enfin non, pas sérieux, ce sera très amusant et du même intérêt que le cinéma et les livres. C'est mon rêve et mon grand espoir pour l'avenir des jeux." - Alexei Pajitnov, créateur de Tetris.