Battlefield Bad Company 2
Test du Dimanche 14 mars 2010 par Artheval_Pe
En 2002, le petit studio suédois Digital Illusions Creative Entertainment lançait ce qui deviendrait sa série phare avec Battlefield 1942, un FPS multijoueur qui a marqué le genre avec ses champs de bataille immenses et l'usage intense de véhicules. Dans les années qui suivirent, le studio publia de nouvelles itérations du même concept sur PC, et s'attaqua aux consoles avec quelques jeux d'envergure limitée, jusqu'à 2008. En juin de cette année, DICE proposa sur PS3 et Xbox 360 le premier titre utilisant le révolutionnaire moteur graphique Frostbite : Battlefield : Bad Company. Permettant de détruire les environnements, et tirant avantage des années d'expérience technique du studio, le jeu s'est imposée comme une réussite, jalousée dès son annonce par les joueurs PC. Mais constatant que le concept était tout à fait adaptable pour être joué avec le combo clavier-souris, EA et DICE ont décidé de proposer Battlefield Bad Company 2 sur ordinateurs aussi bien que sur consoles. Alors, quel bilan pour cette suite plus axée multijoueur, dotée d'une campagne plus linéaire et qui a été présentée comme le plus important jeu en ligne de ce début d'année ?
Une campagne solo sans prétention
L'escouade du sergent Redford issue de la B-Company est de retour dans une aventure autour du monde, principalement en Amérique Latine, pour stopper l'avancée des ennemis Russes et les empêcher de récupérer une arme terrible qui leur permettrait de vaincre les Etats-Unis. Ce synopsis résume peu ou prou toute la substance de l'histoire, et ce ne sont pas les rebondissements prévisibles ni les évolutions de l'intrigue qui sont intéressants ici. Le semblant de scénario est un simple prétexte pour monter au combat, et ce sont surtout les pitreries des personnages qui s'y révèlent intéressantes.
A l'image de son prédécesseur Battlefield Bad Company 2 est doté d'une campagne au scénario axé sur l'humour, avec force dérision, moqueries, et dialogues absurdes entre les personnages. En plus de faire rire, l'histoire permet de justifier les situations invraisemblables exigées par le gameplay, qui paraissent ici naturelles là où elles tendent à diminuer l'impact dramatique ailleurs. En jouant Preston Marlowe, on a toujours affaire au sergent Redford, à Haggard et à Sweetwater qui n'ont rien perdu de leur folie depuis le précédent opus. Plus clairement, ils passent l'essentiel du jeu à débiter des idioties, que ce soit durant les phases de gameplay ou les cinématiques.
La narration, justement, est le point faible du jeu. Elle se fait par le biais de cinématiques souvent à la troisième personne, qui sont parfois trop fréquentes. Surtout, elles sont séparées du gameplay par de longs fondus au noir assez maladroits et ont parfois tendance à casser le rythme du jeu. Tandis qu'elles sont très désagréables lors du passage ayant lieu durant la seconde guerre mondiale, elles deviennent mieux intégrées et plus drôles au fil du jeu. Un réel défaut rédhibitoire est la qualité du doublage français : Il est atroce. Mal joué et trahissant le ton original du jeu, il donne au tout une ambiance pesante de mauvais nanar coincé là où la version anglaise bien plus fine a tendance à parodier habilement le genre et à se révéler authentiquement drôle.
Battlefield : Modern Warfare
En lieu et place des environnements ouverts du premier opus, la campagne de Battlefield Bad Company 2 est plus axée sur le rythme, l'intensité et la mise en scène et se rapproche ainsi dans sa conception de la formule à succès des Call of Duty. Le joueur suit un chemin linéaire en partie scripté où il profite d'une mise en scène réussie. Loin d'atteindre les standards de qualité de la franchise d'Infinity Ward en termes d'immersion et d'intensité, le jeu n'en affiche pas moins une réalisation de bonne facture et des possibilités supplémentaires. La conception des missions est ainsi une vraie réussite : Entre séquences de conduite, de rail-shooting, contrôle d'un drone et assaut avec un tank, le joueur a fort à faire et profite d'une variété sans cesse renouvelée. Le cœur de l'expérience reste le combat d'infanterie, mais on sent que les développeurs se sont inspirés de ce qui se fait de mieux dans le genre du jeu militaire. Le résultat n'est pas particulièrement original, mais néanmoins très efficace. On note par ailleurs une variété bienvenue dans les décors : De la jungle amazonienne aux sommets des Andes en passant par le désert d'Atacama, on n'a jamais affaire trop longtemps au même type d'environnement.
La conception des niveaux est de plus de très bonne facture : A l'exception de certains décors trop solides, la plupart sont destructibles et cette caractéristique a été prise en compte et se retrouve largement utilisée par les développeurs : bien souvent, il faudra détruire des murs pour tuer des tireurs embusqués et on pourra faire s'effondrer des constructions pour y éliminer toute résistance. Fini le temps des ennemis protégés derrière des murettes : ici, le décor destructible élimine la sensation de jouer au tir au pigeon qui peut apparaître chez des titres concurrents. De plus, on note une construction des niveaux très inspirée, où les ennemis peuvent souvent arriver de plusieurs directions et où la hauteur des bâtiments ou du relief oblige à prendre en compte l'axe vertical.
Si je fais un trou dans le mur
Les environnements destructibles sont le réel point fort de Battlefield Bad Company 2 car ils changent la manière de jouer et donnent une réelle sensation de puissance en utilisant l'armement. Plus besoin d'attendre qu'un ennemi apparaisse à couvert : Il est possible de détruire ce qui le cache, qu'il s'agisse d'un mur, d'un arbre ou d'un véhicule. Même le sol réagit aux impacts d'explosifs et devient marqué par des cratères où il est possible de s'accroupir pour se protéger. Les sensations sont d'autant plus saisissantes que les bruitages sont excellents et que les effets associés à la destruction sont extrêmement convaincants. En revanche, pour des raisons d'équilibrage et afin d'obliger à tirer avantage des armes explosives, les balles ne passent pas à travers les murs, mais peuvent en détruire certains. Notons enfin que durant certains courts passages, on pourra avoir affaire à des décors non-destructibles, destinés à varier l'expérience et posant plus de contraintes au joueur.
Mais ces possibilités ne seraient rien sans un arsenal adapté comptant des lance-roquettes et grenades capables de réduire les constructions en miettes. De plus, le jeu encourage à tester chacune des nombreuses armes à feu disponibles en poussant le joueur à les ramasser pour les avoir ensuite à disposition dans des caisses de ravitaillement. Chaque engin a été travaillé pour donner un ressenti différent, ce qu'apprécieront les joueurs qui décideront d'en changer régulièrement. Hormis lors des séquences dans les véhicules, le choix des instruments à utiliser pour tuer les ennemis est libre, même si le joueur recevra parfois un engin adapté à une situation particulière. Ainsi, quiconque tente d'expérimenter différentes tactiques pourra le faire la plupart du temps à sa guide, par exemple en faisant s'écrouler la plupart des bâtiments pour dégager le passage ou en utilisant le sniper à outrance. Enfin, que ce soit en multijoueur ou en solo, la conduite des véhicules est toujours aussi aisée au sol, et le pilotage des hélicoptères est devenu plus facile et plus intuitif que dans les précédents opus de la série. Dans l'ensemble, les séquences impliquant des véhicules sont particulièrement réussies, que ce soit la poursuite effrénée dans la neige ou l'assaut avec un tank.
Du coté des ennemis, l'intelligence artificielle dynamique est relativement compétente : Même s'ils sont toujours placés de la même manière au départ, ils savent se déplacer en fonction des mouvements du joueur et s'approcher pour avoir une meilleure position de tir. Ils peuvent également se mettre à couvert derrière des barricades, et ont tendance à viser précisément. Les adversaires peuvent ainsi parfois donner du fil à retordre, mais ils ne se distinguent jamais non plus par leur intelligence, et lors de passages de railshooting, leur comportement est parfois scripté pour les laisser à la merci du joueur. Précisons enfin que comme chez la concurrence, la santé du personnage se régénère automatiquement.
Variée, intense et assez diversifiée, cette campagne a un goût de déjà vu, mais profite grandement des décors destructibles. Le rythme est soutenu du début à la fin des six heures de jeu, mais on pourra lui reprocher une narration maladroite et une histoire sans grand intérêt. Cependant, son gameplay particulièrement jouissif parvient à largement compenser les défauts en suscitant chez le joueur le plaisir simple de pouvoir détruire ce qui l'entoure en laissant au passage les ennemis morts sous les décombres.
Un multijoueur sans failles
Battlefield Bad Company 2 n'est pas le successeur de Battlefield 2, et il vaut mieux garder cela à l'esprit pour éviter de chercher dans le mode multijoueur de ce jeu ce qu'il n'a jamais prétendu offrir. On n'a pas ici affaire à la référence des batailles stratégiques de très grande envergure, mais à une conception à mi-chemin entre les Battlefield classiques et les deathmatch militaires d'infanterie. Et dans ce cadre là , les années d'expérience de DICE ont été mises à profit de manière grandiose, dans un jeu à 32 joueurs qui s'est propulsé parmi les meilleurs FPS en ligne du PC.
Proposant des affrontements très intenses mêlant infanterie et véhicules sur des cartes destructibles, ce mode multijoueur extrêmement dynamique et doté d'une certaine profondeur tactique offre une expérience sans équivalent, supportée par un système de montée en niveaux permettant de débloquer armes, améliorations et distinctions au prix de déséquilibres seulement très légers entre débutants et vétérans. Les quatre classes disponibles sont bien équilibrées et adaptées chacune à une fonction et à un style de jeu différent, et dans la tradition Battlefield, on pourra récolter énormément de points en faisant du travail d'équipe (réparer les véhicules, soigner ses coéquipiers).
Le mode Rush fait s'affronter une équipe de défenseurs et un groupe d'attaquants autour de stations à détruire. Les joueurs en défense ont un nombre de réapparitions illimité tandis que les assaillants en gagnent uniquement à chaque paire de caisses qu'ils détruisent. Cela donne des batailles concentrées en deux points où les équipes sont forcées à se disputer le terrain, et où les attaquants peuvent parfois détruire les stations M-com en faisant s'écrouler les bâtiments. Malgré le fait qu'il s'agisse d'un mode asymétrique, l'équilibrage est sans failles. Un mode Squad Rush à 4 contre 4 autour de deux bases à une caisse chacune est en outre disponible pour les amateurs de combats plus intimes. Le classique Conquête est aussi de retour et offre une alternative légèrement différente, plus stratégique, mais tout aussi intense que le Rush, tandis que le Squad Deathmatch est beaucoup plus axé sur l'infanterie avec seulement un véhicule au centre, et offre une expérience plus chaotique à la sauce Battlefield. Tous se partagent dix grandes cartes aux apparences et ambiances différentes qui profitent chacune du level design le plus réussi et le plus fin jamais vu dans la série.
Du coté de la finition, le jeu a connu quelques soucis à la suite de son lancement, mais le tout a été normalisé depuis. Les serveurs dédiés permettent d'enchainer les cartes sans interruption et s'avèrent particulièrement fiables, mais on regrettera que le navigateur de serveurs soit aussi peu pratique, obligeant à attendre que toute la liste soit actualisée avant de pouvoir faire son choix. Heureusement, une option de partie rapide est aussi disponible pour les gens peu pointilleux.
Le Frosbite Engine fait des merveilles
Coté technique, inutile de reparler du système de destruction qui affecte le terrain, la végétation et quasiment toutes les constructions se trouvant sur les cartes. Mais malgré le fait que Battlefield Bad Company 2 soit un jeu multiplateformes, le moteur graphique Frostbite affiche aussi de très beaux visuels soutenus par un travail artistique de qualité : Les explosions et effets en général sont extrêmement réussis tandis que la jungle et les paysages immenses sont très détaillés et sublimés par une très bonne gestion de la lumière qui éclaire des animations impeccables. Le tout a cependant inévitablement un certain prix : les bâtiments, étant destructibles, sont souvent assez vides, en particulier les maisons qui affichent toujours le même motif intérieur et comportent généralement très peu ou pas de mobilier. On trouve aussi par endroits des textures grossières et certains objets peuvent apparaître trop soudainement dans le champ de vision. Malgré tout, même si le jeu est loin des références techniques sur PC, il reste particulièrement beau et bien fini et profite de certains effets qui sont parmi les plus réussis du marché. Son inconvénient majeur reste son optimisation très perfectible : seules des cartes graphiques de moins d'un an permettent de tirer parti du niveau de détail maximum, mais ils suffit de baisser les options et la résolution pour s'adapter à du matériel plus ancien.
Il se distingue aussi grâce à un son et des bruitages excellents, tirant avantage de la technique du HDR audio encore trop peu utilisée, mais qui fait ici des merveilles et donne d'autant plus d'impact aux bruitages déjà de qualité. Enfin, coté technique, aucun bug n'a été remarqué si ce n'est quelques soucis de l'interface, et le fait que les coéquipiers puissent parfois se téléporter à travers les cartes de manière pas assez discrète.




Les jeux de tir militaires en ligne comptent une nouvelle référence : Battlefield Bad Company 2 comporte tout simplement un des meilleurs modes multijoueur du marché grâce à un compromis sans défaut entre batailles de grande ampleur et combats intenses. Avec ses cartes belles et finement construites alliées à des modes de jeu très bien pensés, il propose des affrontements chaotiques où la tactique et le travail d'équipe sont la clé de la victoire. La présence d'un système d'expérience et d'armes à débloquer ne fait que fournir une motivation supplémentaire pour revenir jouer sans cesse à ce titre auquel les décors destructibles donnent une nouvelle dimension d'interaction. La campagne solo proposée n'atteint pas un tel niveau mais propose une synthèse réussie et variée du meilleur de la guerre moderne, qui souffre d'une histoire sans grand intérêt et d'une narration perfectible mais profite de la possibilité jouissive de réduire en miettes l'environnement. Avec sa campagne de qualité et un multijoueur excellent, ce titre s'impose comme une digne addition à la franchise Battlefield et un indispensable pour tout amateur de FPS intense sur PC.
Les plus
+ Décors destructibles+ Level design de qualité
+ Campagne variée
+ Multijoueur excellent
+ De beaux graphismes
+ Des dialogues et personnages drôles
+ Système de niveaux en multijoueur
+ Le son
+ Les environnements variés
Les moins
- Narration maladroite- Campagne dérivative
- La première mission du solo
- Quelques soucis avec l'interface
- Intrigue sans grand intérêt
- Un lancement un peu chaotique
Détails
- Nom
- Battlefield Bad Company 2
- Support
- PC
- Genre
- FPS
- Editeur
- Electronic Arts
- Développeur
- DICE
- Sortie
- 04 mars 2010
- 02 mars 2010 (US)
- Recommandation PEGI
- Joueurs de 16 ans et plus


















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