Alpha Protocol
Test du Lundi 7 juin 2010 par Artheval_Pe
Fondé par des anciens développeurs de Black Isle Studios, une division d'Interplay derrière notamment l'excellent Fallout 2, Obsidian Entertainment s'est contenté depuis sa fondation en 2003 de travailler sur des franchises pré-existantes, comme la plupart des studios qui débutent, en se faisant confier par BioWare des jeux comme Star Wars : Knights of the Old Republic 2 : The Sith Lords et Neverwinter Nights 2. Mais en 2007, une nouvelle annonce a changé la donne : un jeu appartenant à une nouvelle franchise était en préparation et devait être publié par l'éditeur Sega. C'est ainsi qu'est né le "RPG d'espionnage" Alpha Protocol. Mais à l'approche de la sortie initialement prévue à l'été 2009, le jeu a été repoussé à l'automne avant d'être annoncé pour le printemps 2010. Entre temps, des échos d'un développement chaotique et de remises en cause des décisions de conception ont été entendus sur internet. Finalement, ce jeu de rôle et de tir empruntant beaucoup à un certain Mass Effect est-il la réussite qu'il promettait d'être ? Ou a-t-on affaire à un titre à éviter à tout prix ?
Les gens dont vous vous souciez vont commencer à mourir.
Alpha Protocol est consacré à l'histoire de Michael Thorton, une brillante recrue versée à une des organisations américaines les plus secrètes nommée Alpha Protocol. Destinée à réaliser des opérations confidentielles grâce à des agents indépendants impossibles à lier aux Etats-Unis, l'agence se retrouve confrontée à un problème épineux lorsqu'un avion de ligne est abattu au Moyen-Orient grâce à des missiles expérimentaux appartenant à une grande entreprise américaine de l'industrie de la défense. Mike Thorton est envoyé sur les lieux pour enquêter et résoudre la situation, mais le jeune agent va devoir faire face à quelques mauvaises surprises.
Dans l'ensemble, le jeu propose une histoire d'espionnage très hollywoodienne et en aucun cas réaliste. Pensez à 24, Jason Bourne et Mission Impossible plutôt qu'à Rendez vous avec X. Cela permet au jeu d'être assez direct dans les missions et objectifs, et d'offrir une large palette de personnages, dont certains sont particulièrement pittoresques à défaut d'être vraisemblables, à l'instar de la mercenaire allemande Sie qui opère à Moscou en hiver en débardeur avec une mitrailleuse M60 à la main et des lunettes roses sur le nez. Les poncifs du genre sont ainsi au complet : romance avec des femmes rencontrées sur le terrain, "espionnage" musclé au fusil d'assaut et dialogues de confrontation avec les ennemis. Les joueurs qui parviendront à accepter ces facilités découvriront une histoire relativement fouillée, engageante et cohérente, mais pas particulièrement vraisemblable ni extrêmement originale : Une conspiration d'un marchand d'armes cherchant à augmenter ses profits menace le monde et les Etats-Unis, et c'est bien sûr Mike Thorton qui va devoir la déjouer.
Malgré ses bases discutables, l'histoire reste malgré tout agréable à suivre et intéressante : les personnages sont bien développés, tandis que les intrigues spécifiques à chaque lieu évitent la lassitude. De plus, le nombre d'interlocuteurs différents rencontrés à travers l'ensemble du jeu est assez important, rendant chaque conversation unique et mémorable. L'interactivité de l'histoire est importante, mais connait malgré tout certaines limites : Les choix effectués affectent les dialogues, les relations entre Michael Thorton et les autres personnages, voire même parfois le déroulement de certaines missions ou la possibilité d'en jouer certaines. Mais les développeurs ont fait en sorte de restreindre les variations : A de très nombreuses reprises durant l'aventure, les actions et démarches différentes du joueur auront le même résultat final. Par exemple, il est proposé d'exécuter un personnage à un certain point du jeu. Que le joueur décide ou non de le faire, le déroulement de la scène fait que Michael Thorton finira par lui tirer une balle dans la tête dans les deux cas. Malgré tout, le système laisse assez de latitude à l'utilisateur pour lui permettre de jouer, de discuter et de se comporter de la manière qu'il souhaite. On passe bel et bien l'ensemble du jeu à jouer un rôle, et la manière dont on le conçoit à des conséquences sur le déroulement et la difficulté de certaines missions.
Voyages, Voyages
A l'instar des classiques films d'espionnage, Alpha Protocol permet de voyager tout autour du monde, principalement entre quatre lieux différents : après une introduction et un tutoriel au siège de l'organisation, le joueur est envoyé en Arabie Saoudite avant d'être ensuite laissé libre de ses déplacements, ce qui permet ensuite de naviguer à volonté entre Moscou, Rome et Taipei. Dans chaque ville, on dispose d'une planque luxueusement équipée où il est possible de consulter son inventaire, lire et répondre à ses e-mails, personnaliser l'apparence de Michael Thorton et regarder le journal télévisé. A partir de ce lieu, l'utilisateur a généralement le choix de la mission à effectuer. Une fois passé l'Arabie Saoudite, le joueur choisit aussi selon ses goûts comment progresser dans le jeu entre les différentes villes, ce qui laisse une liberté de choix appréciable et permet de partir développer le personnage ailleurs avant de revenir se charger d'une mission délicate. L'ordre dans lequel les lieux sont visités peut aussi avoir des conséquences sur les opérations menées par l'agent qui peut se faire des alliés dans certaines villes qui seront utiles ailleurs. Le système est assez intéressant pour donner une certaine rejouabilité à Alpha Protocol et donne un certain sentiment de liberté au joueur, malgré le fait qu'il n'y ait qu'une seule histoire. Les amateurs de longs RPG seront cependant déçus : le jeu ne dure en tout et pour tout qu'une dizaine d'heures, ce qui est à prendre en compte lorsqu'il s'agit de débourser 50€.
En ce qui concerne le développement du personnage, il est géré par un système d'expérience similaire à celui du premier Mass Effect : Au fil de sa progression, Michael Thorton passe les niveaux et acquiert des points d'expérience à répartir entre plusieurs compétences, allant de l'infiltration à la maîtrise des armes à feu en passant par le piratage et le combat au corps à corps. En progressant dans certains domaines, le personnage débloque des compétences actives ou passives qui pourront être utilisées en opération. Il est bien sûr impossible de développer au maximum tous les talents, d'autant que pour forcer une certaine spécialisation, le joueur doit choisir à un certain point de la progression entre plusieurs tendances, qui permettront de faire progresser plus en profondeur seulement trois de ses talents. Ainsi, chaque personnage est différent ce qui force à adopter un certain rôle. Malgré tout, et c'est un peu dommage, beaucoup de possibilités dans le jeu restent accessibles même sans disposer de compétences dans le domaine. Au vu de la construction des missions, c'est indispensable en l'état, mais il en aurait pu être autrement.
L'inventaire, enfin, permet d'emporter deux armes, plusieurs gadgets et de choisir quelle combinaison porter durant chaque mission. Tout l'équipement s'acquiert via la clearinghouse, un magasin en ligne accessible depuis l'ordinateur des planques. Il est possible d'y acheter des armes, des tenues de combat, et des gadgets, mais aussi des munitions et des renseignements. Ces derniers donnent par exemple accès à une carte de la zone de mission ou permettent de compléter le dossier, l'encyclopédie interne du jeu, qui peut donner accès à des dialogues supplémentaires avec certains personnages lorsqu'elle est suffisamment loquace à leur sujet. De l'aide peut aussi être achetée pour certaines missions. Enfin, on y trouve également des améliorations pour les armes et les combinaisons, telles que des silencieux, un meilleur canon, des plaques de kevlar ou un plus grand chargeur. Il est cependant dommage que ces ajouts ne soient pas toujours bien retranscrits visuellement. Le tout est financé par de l'argent trouvé durant les missions, obtenu en vendant des renseignements ou encore acquis grâce à des services rendus à certaines personnages. On regrettera cependant que le jeu soit radin : même en l'exploitant complètement, l'argent récolté ne permet d'acquérir qu'une faible part de l'équipement proposé. Ainsi, on n'aura pas l'occasion d'acheter plus d'un objet d'excellente qualité.
Quand le gameplay pose problème
Les réels problèmes d'Alpha Protocol ne commencent avec le gameplay : Chaque mission a une orientation différente : certaines impliquent de s'infiltrer sans toucher personne, d'autres consistent en un dialogue, tandis que l'on peut aussi être amené à espionner des civils au sniper ou encore à combattre de nombreux ennemis armés. La plupart des opérations peuvent être jouées au choix en adoptant une approche furtive ou en fonçant arme à la main, mais selon le contexte, on pourra souffrir de pénalités (notamment dans les relations avec les personnages) ou faire l'expérience de conséquences différentes plus tard si l'on se montre trop bourrin.
Le principal problème du jeu est que le combat est au mieux sans saveur, au pire pénible : On dispose de quatre types d'armes aux fonctions différentes : un pistolet peu précis et peu létal, mais qui permet d'infliger des coups critiques mortels très utiles pour s'infiltrer, un fusil d'assaut qui a tendance à disperser ses balles, une paire de pistolets-mitrailleurs qui envoient des projectiles dans tous les sens, et un fusil à pompe tout ce qu'il y a de plus commun et imprécis. Tous gagnent en précision lorsqu'ils sont pointés à un endroit pendant un certain temps, mais les sensations de tir et le dynamisme des combats n'en sont pas moins passables. Alors que dans certains jeux, la diversité des armes et la présence d'accessoires donnent une vraie personnalité à chaque engin, ici, les bruitages sont les mêmes pour chaque type d'arme, et les différences de précision sont assez peu sensibles, d'autant plus que le viseur est excessivement large. Ainsi, même si l'on voit les balles, le fait que les ennemis ne bronchent pas sous les tirs, que les armes n'aient aucune personnalité et une faible efficacité rend Alpha Protocol très peu satisfaisant en tant que jeu de tir. L'intelligence artificielle très rudimentaire des ennemis n'arrange rien : ils ont des comportements imbéciles, et ont de la peine à gérer correctement les quelques déplacements qu'ils peuvent effectuer, et il leur arrive de rester inactifs s'ils ne trouvent pas moyen d'atteindre le joueur sans se déplacer. Le combat au corps à corps est présent mais rudimentaire : il consiste simplement à presser rapidement une seule touche jusqu'à mettre à terre l'ennemi.
En revanche, l'infiltration est autrement plus réussie, en particulier une fois que le personnage a été développé dans ce sens. On peut marcher discrètement derrière les gardes pour les neutraliser, il faut souvent éviter le champ des caméras, et l'utilisation d'armes silencieuses permet de neutraliser efficacement les ennemis. Cela ne les empêche pas d'être logiques dans leurs comportements. S'ils voient le corps d'un de leurs collègues, ils déclenchent une alarme qui fait apparaître des gardes supplémentaires et partent à la recherche de l'intrus en passant en mode alerté où ils ont d'ailleurs tendance à avoir les sens un peu trop aiguisés. Mais ils peuvent aussi passer en mode suspicieux, par exemple s'ils entendent Michael Thorton courir dans une pièce adjacente à la leur. Le gameplay furtif est ainsi agréable, et les amateurs d'infiltration pourront souvent ainsi éviter des fusillades peu intéressantes en procédant à une progression silencieuse et méthodique. Certaines des compétences furtives qu'il est possible de débloquer peuvent même rendre le tout trop facile aux yeux de certains mais elles sont malgré tout limitées dans leur emploi et assez jouissives à utiliser.
Ce qui est tout sauf appréciable, en revanche, ce sont les mini-jeux. Autant ceux de crochetage et de désactivation des alarmes sont assez simples pour être vite terminés, mais le piratage peut être assez pénible et laborieux.
Le système de dialogue, enfin, est aussi inspiré de jeux de la concurrence : le joueur sélectionne plusieurs réponses résumées à l'écran par leur ton général : suave, agressif ou professionnel avec parfois une option supplémentaire. Le temps pour choisir la réponse est limité ce qui préserve le rythme naturel des conversations par ailleurs intéressantes : chaque personnage réagit différemment à certains tons, et il est préférable de se montrer charmeur uniquement une fois que l'on est déjà un minimum apprécié par les femmes concernées. Notons d'ailleurs que tout comme James Bond, il est possible de séduire certaines des femmes rencontrées et ainsi aboutir à des scènes d'amour suggérées. Le système de dialogue permet aussi d'adopter des attitudes totalement différentes : Ainsi, il est possible de se montrer méprisant, agressif et désagréable et ainsi s'aliéner la sympathie de certains personnages, et réaliser le jeu entier en ayant tout le monde contre soi.
Une technique tout juste acceptable
Visuellement, le rendu d'ensemble d'Alpha Protocol connait des hauts et des bas. Parmi les bons points, on notera la diversité visuelle des lieux : Chaque mission propose un décor unique, chaque lieu a une ambiance particulière, et les niveaux ont été réalisés et détaillés avec soin dans le soucis de les faire ressembler à leurs équivalents réels. Par ailleurs, les visages des personnages ont un rendu particulièrement fin, qui leur donne une apparence crédible durant les dialogues. Mais le tout est gâché par le système de lumière assez basique, et de mauvaises animations : Les mouvements de Michael Thorton ne sont pas toujours très naturels, et voir un garde faire un virage complètement à angle droit détruit l'illusion de vraisemblance, de même que le manque de liaison entre différents mouvements des ennemis, et leur comportement parfois idiot. Enfin, les animations faciales sont malheureusement trop limitées, notamment le haut du visage des personnages qui semblent avoir abusé de botox.
Cela est en partie compensé durant les dialogues par des voix originales de qualité, et le jeu des acteurs qui est bon dans l'ensemble. Les bruitages d'ambiances sont aussi réussis, tandis qu'on déplore des bruits de tirs sont ridiculement faibles. Enfin, les musiques ne sont pas originales mais ont le mérite de mettre efficacement le joueur dans l'ambiance. On notera que le jeu est bien optimisé est toujours fluide et qu'il ne connait comme réel soucis technique sur PC que la présence d'une DRM limitant l'acheteur à 5 installations.

Alpha Protocol est un produit à approcher avec prudence : les amateurs de jeux de tir n'y trouveront rien qui justifie leur intérêt, mais pour ceux qui apprécient les RPG d'action, il offre une interaction et une histoire pas si communes dans le genre. Le système de dialogue dynamique et la manière d'aborder la plupart des missions permettent de jouer différents rôles qui altèrent l'expérience et les relations entre les personnages sans toutefois changer les points importants de l'intrigue. Malgré sa structure en missions linéaires, le titre offre un minimum de liberté en permettant de se déplacer à volonté entre Rome, Taipei et Moscou où des opérations au gameplay varié attendent le joueur. Des dialogues intéressants, de l'infiltration, des femmes à séduire : ces aspects clés des films d'espionnage sont bien maîtrisés, à l'inverse du combat frustrant et peu dynamique qui conduit à faire face à des ennemis bien souvent trop stupides. On regrette que le très fort potentiel d'un tel concept ait été gâché sur un jeu à la réalisation aussi discutable, et qui exploite souvent trop peu certaines de ses bonnes idées. Malgré ces défauts, le dernier né d'Obsidian peut être immersif et agréable à jouer et même intéressant, à condition d'éviter les combats, de tolérer quelques défauts et de ne pas renâcler à dépenser cinquante euros pour 10 heures de divertissement.
Les plus
+ Les dialogues+ L'influence des choix
+ Des missions assez variées
+ L'histoire est prenante
+ Toujours plusieurs approches possibles
+ Des personnages originaux
+ Une grande variété visuelle
+ Le système de compétences
Les moins
- Les armes à feu nulles- L'IA à la ramasse
- Ergonomie console
- Visuellement très commun
- Des mini-jeux barbants
- L'histoire très cliché
- Beaucoup d'idées mal utilisées
Détails
- Nom
- Alpha Protocol
- Support
- PC
- Genre
- RPG
- Editeur
- Sega
- Développeur
- Obsidian Entertainment
- Sortie
- 28 mai 2010
- Recommandation PEGI
- Joueurs de 18 ans et plus


















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