11-septembre : Renaud Revel ''délire''

Ecrit le 29 septembre 2009 à 16:06 par padrino - 8 commentaires
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Renaud Revel, le « journaliste médias » de l’Express, n’est pas un type que je tiens pour trop bête. Il lui est même arrivé de dire des choses intéressantes et intelligentes. Mais parfois, sans que je comprenne bien ce qui lui passe entre les deux oreilles, il se pique d’un truc et en fait tout un fromage. Il n’y a pas loin d’un an, Revel avait été scandalisé parce que Jean-Luc Mélenchon (du Parti de Gauche) avait osé dire que Jean-Marc Sylvestre, propagandiste de l’économie de marché à l’œuvre sur TF1, était ce qu’il est — c’est-à-dire un propagandiste de l’économie de marché à l’œuvre sur TF1. (Voir l’article que j’avais rédigé à l’époque.)

Cette fois-ci, Renaud Revel est vénère parce que Frédéric Taddeï, qui anime l’émission Ce soir (ou jamais !) sur France 3 a eu le malheur de laisser un de ses invités aller au bout d’une argumentation.

Dans son émission du 15 septembre dernier, Frédéric Taddeï invitait ses intervenants à discuter, entre autres thèmes, de l’utilité de débattre sur le 11 septembre. L’animateur partait du constat que ces questions étaient très peu traitées dans les grands médias. Mathieu Kassovitz, cinéaste, prenait alors la parole ; je vous propose de regarder la séquence.

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais à mon sens Kassovitz ne dit ici rien de grave. Il n’est même pas aussi catégorique que Bigard l’an passé (voir cet article. Mais c’en est déjà trop pour Revel, qui nous pond un article intitulé « 11 septembre : Kassovitz délire et Taddeï laisse dire ». Et là, le journaliste de l’Express nous sert un festival : après avoir d’abord qualifié les propos de Kassovitz de « diatribe révisionniste », il affuble le réalisateur du sobriquet de « Faurisson du 11 septembre » (pour rappel, Robert Faurisson est un type qui a estimé, par exemple, que quarante mille juifs sont morts durant la seconde guerre mondiale ; non pas par la faute des chambres à gaz mais par celle du typhus… et quelques-uns se sont étouffés avec des bretzels, également). Dans l'article sur les médias et Bigard, j'écrivais : "Interrogez-vous sur ces attentats, et vous voilà immédiatement rangé auprès de Faurisson et des négationnistes de la Shoah." De façon prévisible et pourtant navrante, Revel cède, comme d'autres, à cette facilité déshonorante.

Tout à sa dénonciation du « délire » de Kassovitz, Renaud Revel ne semble pas conscient de celui dont il est victime. Kassovitz n’a même pas nié que 3000 personnes soient mortes ce jour-là ; il a simplement émis des doutes sur ce qui est habituellement admis. Le traiter de « révisionniste » et l’assimiler à Robert Faurisson est en dessous de tout. Mathieu Kassovitz a d’ailleurs décidé de porter plainte contre Revel, rappelant qu’ « une grande partie de [sa famille] a été décimée dans les camps de concentration ». Comparer le descendant de victimes du nazisme à un bonhomme qui crache sur leur mémoire, je trouve ça assez maladroit de la part de Revel, à la place de qui je me sentirais mal… Allez, accordons-lui qu’il ignorait sans doute le passé de la famille Kassovitz.

Mais ce n’est pas tout. Non content d’insulter Kassovitz, Revel sermonne Taddeï : « J’aurai [sic] simplement voulu entendre à un moment Taddeï dire à Kassovitz: « Il faudrait peut être arrêter le délire ». Renaud Revel a une étonnante vision du rôle d’un journaliste. Au nom de quoi Taddeï aurait-il dû qualifier les propos de Kassovitz de « délire » ? Et au nom de quoi aurait-il dû l’arrêter ? On voit ici que Revel soutient l’idée d’une toute puissance du journaliste, seul autorisé à décréter qui peut dire quoi, unique détenteur d’un espace (la télévision publique) où il serait pourtant normal que tout un chacun fasse part de réflexions qui concernent un nombre non négligeable de personnes (comme c’est le cas avec le 11-septembre).

On le voit, Revel conçoit la liberté d’expression d’une façon pour le moins étriquée… Mais le plus drôle est que lorsque Kassovitz porte plainte contre lui pour diffamation, Revel en appelle… à la liberté d’expression. Voici ce qu’il écrit dans son dernier post, sur son blog : « Suite à un post publié dernièrement, où je critiquais le discours tenu par Mathieu Kassovitz, sur le plateau de Frédéric Taddeï, à propos des évènements du 11 septembre, le réalisateur a décidé de déposer plainte contre l’Express et ma personne. […] Et le réalisateur a fait savoir, par le biais de son avocat, que d’autres poursuites seraient engagées. Dont acte. De la liberté d’expression à géométrie variable… »

« De la liberté d’expression à géométrie variable… » (Une phrase maintenant supprimée, suite à la salve de critiques qu’elle a values à Revel ; mais le post original est disponible ici) Visant Kassovitz, Revel n’aurait su mieux dire à son propre propos. Réclamant qu’un journaliste interdise à quelqu’un de s’exprimer, le pauvre pleurniche lorsqu’on lui reproche d’avoir recouru à des comparaisons infâmantes pour pourrir un homme. Peut-être ne serait-il pas vexé si on le rapprochait, lui, de Faurisson ?

Comme l’année dernière avec l’affaire Bigard, on observe ici les convulsions qui s’emparent de certains journalistes dès que quelqu’un a le malheur de discuter du 11-septembre… Des convulsions qui ne peuvent avoir d’autre effet que d’accréditer les thèses du complot. Pourquoi est-il si difficile d’aborder ce sujet sans faire face à une bande de Renaud Revel outrés ?

En attendant, Kassovitz jurera peut-être, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendra plus.


8 commentaires

Consulter le profil de dino Lire le Blog de dino

En principe, le métier de journaliste impose l'obligation d'informer avec neutralité, sans laisser filtrer ses idées, sans essayer d'orienter l'opinion. En réalité, combien de journalistes font leur métier ainsi ?

Le 911 semble être un sujet tabou sur lequel un seul éclairage soit permis.


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Je pense qu'un journaliste a le droit de dire ses idées. Il est préférable pour le public de savoir quelles sont ses opinions, afin de savoir que ses propos seront sans doute orientés. Mais c'est très embêtant quand tous les journalistes des médias dominants ont les mêmes idées (c'est le cas sur le 11 septembre, mais aussi sur l'économie et sur la politique, dont les différentes opinions sont très inégalement représentées). S'il n'y avait qu'un Renaud Revel, ça irait ; mais ils sont très nombreux à lui ressembler (à moins qu'il ne s'agisse des Aivergnats ? ). Bon, avec Revel, il y a le problème supplémentaire des propos diffamatoires...

Commentaire édité le 03/10/2009 à 13:51 par padrino


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Ce que j'attends d'un journaliste est qu'il m'informe pas qu'il tente de m'influencer. Un chroniqueur ou un éditorialiste peuvent donner leur avis subjectif mais pas un journaliste. Les gens se méfient des infos rapportées justement parce qu'ils savent qu'en fonction de leurs opinons les journalistes auront rapporté certains éléments et cachés d'autres. Le public veut juste savoir les faits complets et rien d'autre.

Voilà Padrino. Je pense (d'après ce que j'ai lu et entendu) que mon avis est celui de beaucoup d'autres personnes. Ce n'est pas le tien, apparemment. :unsure: (??)

Commentaire édité le 04/10/2009 à 13:09 par dino


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Je suis bien d'accord pour dire qu'on attend d'un journaliste qu'il nous informe et pas qu'il nous influence. Ce que je voulais dire, c'est que tout journaliste a des opinions politiques (qu'il en soit conscient ou non) et des a prioris (là encore, conscients ou non) qui découlent de son origine sociale, sa formation et d'autres facteurs. Partant de ce fait, je considère qu'il n'y a pas de journaliste objectif ou neutre. Le plus important pour moi, c'est donc que ce journaliste soit honnête (on peut prendre parti et être honnête dans la manière de le faire, c'est-à-dire prendre parti sans mauvaise foi et sans manipuler les faits) et, tant qu'à faire, que je sache quel est son parti pris. Je préfère un journaliste de droite ou de gauche qui dit "je suis de droite et mon discours aussi" qu'un journaliste qui se prétend neutre mais dont le discours est orienté... c'est là qu'il y a manipulation. Et, pour aller plus loin, ce qui compte aussi c'est que toutes les opinions soient représentées par des journalistes différents (de par leur origine social, intellectuelle etc) plutôt que par des gens qui sont tous issus du même moule - ce qui met en danger le pluralisme...


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Je suis d'accord avec ton raisonnement. Mais je préfèrerais (et j'attends toujours) qu'un journaliste laisse ses convictions personnelles, politiques et religieuses au vestiaire et qu'à la lecture de son papier, je sois incapable de savoir ce qu'il pense vraiment et personnellement. Au contraire de cela, je crois que beaucoup de journalistes utilisent ce pouvoir pour promouvoir leurs conceptions personnelles, politiques et religieuses. Et je trouve cela regrettable même si, comme toi, je ne crois pas que l'objectivité totale soit humainement possible.

Commentaire édité le 05/10/2009 à 14:41 par dino


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"je préfèrerais (et j'attends toujours) qu'un journaliste laisse ses convictions personnelles, politiques et religieuses au vestiaire et qu'à la lecture de son papier, je sois incapable de savoir ce qu'il pense vraiment et personnellement."

C'est sûr que c'est un idéal... Mais il est inaccessible, rien que pour une raison : en choisissant d'aborder un sujet plutôt qu'un autre, un journaliste opère déjà un choix subjectif qui dépend de ses convictions personnelles.

Ce qui serait possible en revanche, c'est que les médias de masse (télévision et radio) distribuent équitablement la parole entre les différents courants d'opinions de la société, et que les journalistes présents dans ces médias incarnent une vraie diversité sociale(pas simplement une diversité dite "ethnique" dont se vantent parfois les chaînes : à quoi ça sert de mettre un noir à l'antenne s'il pense exactement comme tous les autres blancs de la même chaîne ?) On pourrait rêver de revues de presse qui mettraient aussi bien en avant la presse de gauche que la presse de droite, et surtout qui mettraient en avant la presse honnête. Mais parvenir à tout cela est inimaginable dans la situation actuelle. Le poids des annonceurs et les logiques commerciales qui pèsent sur les médias ont pour effet qu'il leur est impossible de donner la parole à un discours trop antilibéral... Sans compter que, concurrence oblige, les uns copient ce qui marche chez les autres. Ce qui provoque cet effet de "pensée unique" souvent dénoncé.


Consulter le profil de Artheval_Pe Lire le Blog de Artheval_Pe

Le concept de la neutralité journalistique peut théoriquement marcher pas si mal à partir du moment où le travail est collégial, les opinions des uns et des autres pouvant se contrebalancer.

En outre, l'impact des opinions est d'autant plus important que la forme des articles et reportages dans les médias français va avoir tendance à faire ressortir l'opinion du rédacteur. A l'inverse par exemple des médias allemands où la présentation brute, sobre et désincarnée de faits dans les journaux TV de l'ARD, par exemple, a tendance à limiter l'influence que les idées du journaliste vont avoir sur son travail.

Un mot également pour évoquer la nouvelle émission médias de France-5 visible sur le site de la chaine, où Jean-Pierre Pernaud s'énerve face à son ancien collègue Thomas Hughes, et prétend que le JT de TF1 n'est pas de droite. J'aurais bien aimé faire remarquer à ce cher JPP que même en admettant que la direction qu'il donne à son journal ne soit pas vers les droite, les journalistes et le traitement des sujets sont eux clairement orientés.

(Soit dit en passant, c'est assez drôle de le voir se faire tacler par une collègue justement de l'ARD)

Commentaire édité le 05/10/2009 à 21:25 par Artheval_Pe


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+1 Artheval.

Ton argument sur le travail collégial me semble particulièrement pertinent... à condition que plusieurs opinions soient représentées au sein de la rédaction.

Il est vrai en effet qu'une présentation désincarnée de l'information contribue sans doute à la rendre moins orientée. Les journaux d'Euronews sont particulièrement réussis pour cette raison. Mais concernant Euronews, il faut tout de même noter que leur financement et leur vocation européens les amène parfois, sous leur air neutre, à faire des raccourcis contestables (voir leur traitement du référendum irlandais, qui laissait entendre que si les Irlandais avaient voté non l'année dernière et oui cette fois-ci au traité de Lisbonne, c'est qu'ils n'avaient pas été bien informés la première fois... comme si tout n'était qu'affaire de communication réussie).


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